Discours - Editoriaux - Politique - Presse - 23 juillet 2016

Trumpisation ? Valls a encore tout faux

Depuis quelques années, nos élites nous mettent en garde contre des partis et des leaders “populistes” actifs dans les pays occidentaux. Ils constitueraient au mieux un ramassis de racistes homophobes, au pire une force organisée menaçant la démocratie. Manuel Valls n’a, par exemple, pas hésité à dénoncer une “trumpisation” des esprits en France et en Europe. Les empêcheurs de gouverner en rond comme Donald Trump sont ainsi victimes d’un vaste amalgame complotiste de la part des sempiternels pourfendeurs de l’amalgame et du complotisme ! Pourtant, ils connaissent des succès électoraux impressionnants, à l’image des partisans du Brexit ou de Beppe Grillo, dont le mouvement Cinque Stelle a remporté les élections municipales à Rome.

Bien entendu, Marine Le Pen et Viktor Orbán se rencontrent régulièrement et se congratulent mutuellement pour leurs victoires. Mais pas plus qu’Angela Merkel et Recep Erdoğan, ennemi avéré de la liberté de la presse, du droit des Kurdes à disposer d’eux-mêmes, de la laïcité, qui vient de révéler son visage antidémocratique, avec les purges engagées depuis une semaine. S’inquiéter de “la menace populiste” n’a aucun sens. Certes, ce qui se joue en Hongrie avec le Fidesz ressemble à ce qui se joue en France avec le FN, en Italie avec Cinq Étoiles, en Allemagne avec l’AfD, aux États-Unis avec les partisans de l’anti-establishment. Et la crainte des dérives antidémocratiques pourrait être légitime si tous ces mouvements ne mettaient pas un point d’honneur à se plier scrupuleusement aux règles démocratiques, comme on l’a vu en Autriche ou au Royaume-Uni, où les réactions les plus antidémocratiques émanaient des opposants au Brexit.

Mais ces mouvances et les leaders qui les incarnent ne peuvent pas être mis dans le même sac. Certains reviennent de très loin, comme Norbert Hofer, le candidat du FPÖ autrichien, régulièrement accusé dans la presse nationale de n’avoir pas totalement rompu avec un passé néonazi. D’autres ne sont pas seulement chefs de parti mais ont déjà une expérience du pouvoir, comme Viktor Orbán. La préoccupation principale de ce dernier est la préservation de l’identité nationale et il l’a montré par la promulgation de la loi sur la nationalité pour tous les individus ayant des ancêtres magyars, dispersés dans les pays voisins depuis la chute de l’Empire austro-hongrois. Dans le discours de Donald Trump, la vexation historique subie par les États-Unis est plutôt d’ordre économique : dépendance toujours plus grande vis-à-vis de la Chine, entraves au big business, spoliation de l’Américain moyen au profit des immigrés…

Agiter la menace d’une « trumpisation » est donc absurde. Une telle généralisation est caricaturale parce qu’elle méconnaît tout un tas de spécificités nationales et de contextes politiques, sociaux, économiques. Trump, Le Pen, Orbán et les autres sont peut-être des populistes – et rappelons que ce mot n’est pas péjoratif au départ -, mais ce sont surtout des patriotes charismatiques et pragmatiques. Leur seul point commun est que chacun a compris que son pays est face à des ennemis et des obstacles bien identifiés nécessitant des réponses spécifiques rapides. Et les peuples voient bien qu’elles ne peuvent venir des politiciens bien-pensants, disqualifiés par leurs échecs et leur aveuglement idéologique.

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