"Si je suis élu, je ne toucherai pas de salaire", avait promis Donald Trump, lors d'un meeting de campagne en septembre 2015. Il vient de le confirmer lors d'un entretien accordé à la chaîne CBS : puisque la loi l'oblige à percevoir un salaire, il ne touchera qu'un dollar symbolique par mois, sur les 33.000 dollars dévolus au président américain.

Un homme désintéressé. Tel n'est pas l'avis des médias, qui se sont empressés de dénoncer la "démagogie" de cette mesure, à l'instar du journaliste Jean-Baptiste Duval, du Huffington Post, qui met en avant la portée minime d'un tel "sacrifice" sur la dette publique américaine de 19 000 milliards : "À ce rythme, il faudrait que la présidence Trump dure 47,5 millions d'année pour effacer l'ardoise", ironise-t-il. Certes, mais c'est tout de même mieux qu'un Hollande s'apprêtant à toucher 36.000 euros de retraite mensuelle.

D'autres y voient une opposition au suffrage universel, comme cet obscur "coach d'entreprise" selon lequel renoncer à son indemnité équivaut à "nier qu'en démocratie, le salaire doit permettre au maximum de gens de se présenter à une élection". Comprenez : c'est un antidémocrate richissime qui veut rétablir le suffrage censitaire. Argument stupide s'il en est, puisque le président Trump n'a en aucun cas parlé de supprimer les indemnités des politiciens mais seulement de renoncer à celles qui lui étaient personnellement dévolues. En outre, c'est justement contre l'élection de Trump que nombre d'intellectuels ont émis l'idée de supprimer le suffrage universel.

Enfin, les inévitables explications pseudo-psychologiques. En témoigne la déclaration du psychologue et auteur Thierry Gallois, qui affirme au Figaro : "L'argent ne lui suffit plus. Là, on est dans une quête du pouvoir absolu." Une attitude qui s'expliquerait par "un besoin enfantin de se faire remarquer et d'obtenir de la reconnaissance", prenant racine dans une supposée "rivalité qui opposait Trump à son père".

Pourtant, le ton adopté par les médias était tout autre face au socialiste Mujica, ancien chef de l'État uruguayen qualifié de "président le plus pauvre de la planète" par la presse. Libération et Le Monde avaient plusieurs fois dressé un vibrant éloge de ce vieillard qui donnait la moitié de son salaire aux pauvres et refusait de vivre au palais présidentiel, préférant son humble demeure. Un grand monsieur, certes ; mais était-il plus désintéressé que Trump ? Comme si on pouvait faire de la politique en étant désintéressé…

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 09/01/2020 à 17:28.

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24 novembre 2016

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