Avant que ne soit connu son test positif au Covid-19, dans la nuit de jeudi à vendredi, l’éviction de Trump semblait s’aligner sur une stratégie simple : pourrir les résultats de l’élection présidentielle du 3 novembre prochain afin de trouver un moyen de le faire partir.

L’idée, suivie par bon nombre d’États démocrates (le vote de la présidentielle est organisé localement, et non nationalement), était de prendre le coronavirus pour motif afin d’automatiser le vote par correspondance, jusque-là procédure exceptionnelle. Dans ces États, l’électeur a ainsi reçu spontanément un dossier de vote par correspondance, quand bien même il ou elle aurait l’intention d’aller voter en personne : la procédure a déjà commencé, et l’on s’attend à des millions ou dizaines de millions de votes « à effet retard ».

Logistiquement, cela permet au parti démocrate, beaucoup mieux organisé au ras du sol avec ses alliés des groupes caritatifs militants de ces derniers mois, d’aller « récolter » physiquement les votes en faisant remplir son dossier « par l’électeur », pour le remettre directement aux bureaux de vote. Sans parler nécessairement de fraude, cela laisse la place à une certaine intimidation, en particulier pour une partie d’électeurs noirs et latinos qui basculaient en faveur de Trump.

En parallèle, lesdits États ont non seulement annoncé la réduction du nombre de bureaux de vote – virus oblige – mais autorisent également la prorogation du dépouillement des bulletins bien au-delà de la date du vote. L’élection se ferait donc en deux temps : Trump pourrait être élu le 3 novembre au soir, pour découvrir que la victoire lui échapperait plusieurs jours après, entraînant un chaos juridique, avec des centaines, voire des milliers de recomptages, et de procès, remontant jusqu’à la Cour suprême.

Avec peut-être une arrière-pensée, puisque dans l’hypothèse où un tel blocage se prolongerait au-delà du 21 janvier (intronisation officielle du nouveau président), la solution serait tracée : le speaker de la Chambre, Nancy Pelosi, vraie patronne du discours politique de ces deux dernières années, deviendrait présidente par intérim des États-Unis, le temps que dure l’incertitude, nommant à son tour sa ou son vice-président : Kamala Harris, Pete Buttigieg ou une autre personnalité ?

Mais le diagnostic médical de Trump provoque un vaste mouvement empathique en dépit de ceux qui souhaitaient sa mort après l’annonce de son test ou de ceux qui veulent exploiter la situation pour empêcher la nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême. En fait, les deux interventions télévisées de Trump, vendredi et samedi, auront finement ciselé un message plus concis et grave : le président est un homme serein face à une mort toujours possible, modeste et chaleureux, qui aura bravé le virus, au lieu de s’en cacher, pour servir les Américains, au risque de sa vie, et qui, bien que malade, doit achever son service, qui n’est pas terminé. Ce qui entrouvre la porte de la sécurité nationale : si Trump venait à mourir en ce monde dangereux, le chaos, de constitutionnel, deviendrait existentiel pour le pays.

Les indépendants récemment perdus par Trump n’aiment en général pas que l’on tire sur une ambulance et sont soucieux de sécurité nationale. La « base », elle, est sensible à l’argument de l’homme de caractère. Si Trump s’en sort médicalement, il pourrait fort bien rebondir politiquement, et massivement !

André Archimbaud vient de publier Anahita et la vipère des sables.

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