[TRIBUNE] Liban : un an que le cessez-le-feu est signé, mais la guerre n’est pas finie !
Demain, 30 novembre, le pape Léon XIV sera au Liban pour un voyage apostolique placé sous le thème « Heureux les artisans de paix ! » La paix n’a jamais été aussi nécessaire au Liban, un an après le cessez-le-feu conclu entre le Hezbollah et Israël.
Israël Katz, le ministre de la Défense israélien, avait annoncé, le 1er novembre dernier, vouloir bombarder Beyrouth en cas de « tentative d’attaque » du Hezbollah. Il a mis sa menace à exécution. Le week-end dernier, Israël a visé le sud de la capitale. La cible ? Haytham Ali Tabatabaï, un responsable militaire du Hezbollah, une figure du mouvement. La frappe a tué également quatre de ses proches. Et pourtant, cela fait un an qu’un cessez-le-feu a été signé entre Israël et le Hezbollah, mettant officiellement fin à une guerre terrible : 4.000 morts, 18.000 blessés, 1,4 million de déplacés, 100.000 logements détruits, des milliards d'euros de dégâts.
Avec ce cessez-le-feu, cela fait un an qu’Israël aurait dû quitter le pays. Mais il n’en est rien. Israël occupe encore cinq postes militaires, dans le sud du Liban. Les violations de la trêve sont quotidiennes : bombardements, opérations commando, vol de drones, non seulement dans le sud du pays, mais aussi dans la plaine de la Bekaa, qui sont deux zones chiites, et, nous l’avons vu, jusqu’à Beyrouth. J’ai moi-même entendu, le mois dernier, comme tous les Libanais, les drones israéliens voler au-dessus de nos têtes. Une sorte de bourdonnement permanent comme pour rappeler une présence…
Avec ce cessez-le-feu, cela fait un an que le Hezbollah aurait dû rendre ses armes. Bien qu’affaibli par la mort de ses principaux responsables militaires, parfois déconsidéré pour son incapacité à répondre aux coups israéliens, le Hezbollah reste un mouvement puissant, qui refuse de déposer son arsenal. On l’a bien vu, à l’occasion du premier anniversaire de la mort d’Hassan Nasrallah, son chef, tué l’an passé par Israël. Le « parti de Dieu » a rassemblé des milliers de militants à Beyrouth. On le voit bien aussi dans la Bekaa ou dans le sud du pays, où les drapeaux jaune et vert du mouvement chiite sont présents partout.
À la demande du président de la République Joseph Aoun, l’armée libanaise a bien présenté, il y a quelques semaines, un plan de désarmement. Si certaines caches d’armes ont été détruites, l’armée est bien incapable de mener à bien cette mission ! Depuis 35 ans et les accords de Taëf, elle a été réduite au rôle d’une simple gendarmerie, bien mal équipée… Elle est d’autant moins en mesure de le faire qu’elle est également, parfois, prise pour cible par les avions israéliens. Début novembre, après qu’une caserne a manqué de peu d’être touchée par une bombe, le président Aoun a d’ailleurs ordonné à ses soldats de répliquer aux intrusions israéliennes.
Enfin, cela fait un an que les populations déplacées auraient dû rentrer chez elles et la reconstruction commencer… Et là encore, on en est loin. Dans le sud du pays, des villages entiers sont détruits. Je pense, par exemple, à Yaroun, situé à seulement quelques centaines de mètres de la frontière israélienne. Sur les 172 maisons chrétiennes du villages, 56 ne sont plus que des tas de gravats. Après les bombes, le « travail » a été terminé au bulldozer. Pour Israël, il s’agit de créer – là encore en violation du cessez-le-feu du 27 novembre 2024 – une sorte de zone tampon de quelques kilomètres à l’intérieur du Liban. Le 25 novembre 2025, L’Orient-Le Jour annonçait que l’artillerie israélienne avait tiré des obus au phosphore à Yaroun, justement. Une façon de dire aux agriculteurs du village : « Inutile de revenir, la terre n’est plus cultivable ! » Aussi, la reconstruction et le retour des déplacés ne sont-ils pas pour demain.
C’est dans ce contexte que le pape Léon XIV arrive au Liban, porteur d’un message de paix. Dieu veuille qu’il soit entendu !
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24 commentaires
On entend tout et n’importe quoi sur le Liban. Un intervenant présenté comme « spécialiste » a même affirmé que la guerre avait cessé en 1990, après le fameux accord de Taëf, que personne n’a jamais respecté ! En fait, depuis 1975, la guerre n’a jamais vraiment cessé, même s’i elle a connu des pauses et des mutations, comme la guerre économique, qui a engendré plus de souffrances que le bruit du canon. Aucun pays n’a vraiment défendu ce pauvre petit pays, même pas la France et encore moins les États-Unis. Inutile de se demander pourquoi on les appelle le Grand Satan…