Editoriaux - Justice - Politique - Société - 19 juin 2016

Trente ans après, Coluche manque à la France

Un « putain de camion », comme l’a chanté Renaud, a fauché, le 19 juin 1986, la vie de Coluche, amuseur public, trublion, provocateur invétéré et poil à gratter d’un anarchisme outrecuidant.

S’est posée, comme à l’accoutumée, la question d’un complot pour éliminer cet impertinent agitateur. Il devait présenter, quelques semaines plus tard, un nouveau spectacle dans lequel il parlait, notamment, de Mazarine, et dans lequel il attaquait ouvertement le pouvoir en place, parlait des attentats de Bologne, etc. Aucune de ces thèses comploteuses n’a trouvé le moindre commencement de début de preuve. La thèse du banal accident de la circulation a été confirmée.

Une chose est certaine : trente après, il manque un Coluche à la France. D’ailleurs, selon un sondage repris dans Le Parisien du 19 juin, 85 % des Français trouvent que l’humoriste manque au débat politique, 74 % aimeraient l’entendre sur les injustices sociales. Nul doute qu’il appuierait là où ça fait mal, qu’il s’affranchirait des conventions pour dire tout haut ce que le bas peuple pense tout bas. Car avec Coluche, toutes les vérités étaient bonnes à dire, en premier lieu les plus dérangeantes, quitte à heurter les convictions les plus tenaces. Car derrière la grossièreté et la vulgarité parfois scatologique de Michel Colucci se cristallisaient déjà toutes les rancœurs, les craintes, les inquiétudes d’une France dont l’esprit avait commencé à se déliter en mai 1968 et dont on percevait déjà le déclin.

Laurent Gerra et, dans une moindre mesure, Nicolas Canteloup ont repris le flambeau et le registre, mais de manière nettement plus policée, moins violente et moins subversive dans les mots et les attitudes. Coluche avait, hier, ce que les humoristes d’aujourd’hui n’ont pas : une réelle liberté de ton pour dénoncer les vrais travers et les réels dangers de la société française. Lui savait s’affranchir de certains codes pour mieux dénoncer les failles du système et tenter d’apporter des solutions. Les Restos du Cœur sont sa plus belle œuvre. Mais, depuis trente ans, la bien-pensance est passée par là.

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