Economie - Editoriaux - Le débat - Politique - Société - 16 décembre 2014

Travail du dimanche : n’ayons pas peur d’oser !

Le débat sur le travail du dimanche reflète l’incapacité française à structurer des décisions collectives dans la sérénité. Certains de nos politiques se taisent, d’autres prennent des postures et dramatisent. On se compte, on existe autour d’une question bouc émissaire. Un vrai numéro de guignol.

En 2011, près d’un salarié sur trois travaillait le dimanche. C’est donc une pratique répandue qui, jusqu’à présent, n’a donné lieu à aucun combat politique : quel élu a proposé que ces 30 % de salariés ne travaillent plus le dimanche ?

Que cette réforme soit menée par un ministre de gauche ou de droite n’a pas d’importance. Les frontières des partis n’existent plus ; chaque « courant » (ce sont plutôt des mares à canards) a son intérêt. Beaucoup de politiques passent leur temps au rapport de force au lieu d’organiser correctement la vie du pays. Ils se réclament du progrès et du changement. Mais il ne savent pas l’organiser.

La seule chose qui les réunit, c’est que personne n’est d’accord sur rien et tout le monde est contre tout, en dehors de tout pragmatisme. Pendant ce temps, des Français sans travail et sans ressources souffrent ; des patrons de PME dorment mal ; des jeunes s’inquiètent pour leur avenir ; des personnes âgées sont seules et des malheureux cherchent à manger. Pathétique.

Le sujet du travail du dimanche aurait été une formidable occasion de construire un nouveau processus de décision et montrer aux Français comment conduire des changements, en écoutant tous les points de vue : il y a ceux qui ont besoin ou qui préfèrent travailler le dimanche (tous les dimanches), d’autres qui ne veulent pas en entendre parler ; ceux qui souhaitent préserver ce jour de repos pour des activités personnelles. Mais la République doit concilier les deux. C’est le rôle de l’État d’expliquer aux Français qu’il y a d’un côté un principe de réalité économique, et que de l’autre, il faut préserver notre modèle sociétal. Que des protections doivent être mises en place pour éviter les abus, tout en favorisant la création de richesse dans le pays et la liberté d’entreprendre ; que l’on peut être libéral à la fois sur les questions de société, et sur les questions économiques.

Personne ne sait quels seront les impacts du travail du dimanche dans le commerce. Mais qui va en suivre les effets ? La même situation d’oubli se produit souvent. Souvenons-nous : en 2000, lors du débat sur les 35 heures, la prévision de 700.000 emplois. Où est le bilan ? A-t-on publié les résultats avec autant de publicité que les promesses d’alors ?

Une nouvelle occasion d’une vraie démonstration de responsabilité politique a été perdue : on aurait pu éviter les points de vue idéologiques, et trouver un accord politique pour suivre les impacts !

La situation du pays exige d’oublier nos postures et de se méfier des mots. Soyons pragmatiques et adaptons-nous au monde, en restant nous-mêmes. N’ayons pas peur d’oser, de créer, quitte à se tromper… et corriger.

Le pays a davantage besoin de changements progressifs et maîtrisés que d’un statu quo stérile qui accélère son déclin.

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