Un journaliste de C8, se faisant passer pour un militant du Front national, s’est servi d’une caméra cachée, durant deux mois, en immersion au sein du FN de la jeunesse de Nice.

Un reportage a été diffusé : "La face cachée du FN" et il a fait l’objet d’une large promotion.

Le FN a dénoncé "la manipulation" et des "méthodes de voyous".

Cette démarche – caméra cachée et transparence perverse – a, certes, permis de révéler des propos scandaleux, racistes, révisionnistes, mais aussi des outrances qui relevaient de la liberté d’expression, aussi paroxystique qu’elle puisse apparaître.

Le vrai-faux journaliste, comme des refus lui avaient été opposés par le FN, a affirmé que "nous n’avions pas le choix", comme si l’enjeu de cette enquête était destiné, par exemple, à démanteler de la criminalité organisée ou des trafics gravissimes.

Même si le corporatisme médiatique a fonctionné à plein – personne n’a mis en cause la méthode de cet investigateur masqué -, on a le droit de s’interroger sur cette pratique occulte d’information. Je la juge contraire à la déontologie et elle a pour principale conséquence d’entacher un fond qui, avec un autre processus, n’aurait pas été rendu caduc. J’ose qualifier cette clandestinité de déloyale et de répugnante.

Ce n’est pas sans raison que j’éprouve une sainte horreur à l’égard de tous ceux qui, sur mon blog ou sur , se cachent pour insulter à loisir en empêchant ainsi toute réplique. La différence est mince entre la dissimulation d’une caméra et celle de son identité. Les délateurs anonymes qui, en matière judiciaire aussi, s’épanchent sans risque sont à mon sens une plaie.

Quand les télévisions allemande et japonaise rapportent, au sujet du même événement à Nice, qu’un militant se juge "un peu raciste" et, pour un autre, que "les homosexuels, c’est pas mon délire", elles en disent beaucoup mais sur un mode moins provocateur.

Parce que n’étant pas obsédées par le désir de démontrer à toute force que les frontières entre "militants frontistes et mouvements identitaires sont poreuses", elles n’ont pas cru devoir violer les règles du journalisme honorable.

Je ne serais pas, malgré mon désaccord , contraint de rappeler des évidences si le FN n’était pas traité, trop souvent, d’une manière qui choque l’honnête homme que j’espère être et déroge à une normalité mise en œuvre partout ailleurs. C’est avec bonne conscience qu’on subvertit, à son encontre, les principes de base.

Qu’on utilise la caméra cachée dans toutes les structures partisanes, dans l’univers médiatique quand invités et journalistes se lâchent après les émissions, au sein de tous les groupes, au milieu des associations même officiellement les plus progressistes, on constatera alors que, par exemple, le refus de "délirer" sur les homosexuels est assez partagé et que, derrière les verbes officiels et les propos convenus, sous les latitudes de et de gauche, des poisons se glissent. Si les n’étaient pas seulement friands de fustiger le FN, nous aurions probablement, avec la caméra cachée et la transparence perverse qu’elle secrète, une démocratie malodorante, une République qui, expulsée des coulisses, ne ressemblerait plus à sa façade noble.

Cette focalisation parfois sans éthique professionnelle est dangereuse parce qu’elle sert, par contrecoup, ce qu’elle croit battre en brèche. Comme si le FN n’offrait dans notre espace politico-médiatique que l’avantage d’une surenchère sans frein et l’occasion d’inepties historiques – par exemple, traitant un membre du FN "d’héritier de Goebbels".

Ces dérives, qui lui sont réservées, ne seraient pas accablantes si le FN, pour des esprits sérieux, ne pouvait pas basculer demain du second tour à la victoire présidentielle. Favoriser que son verbe haut puisse se victimiser est aberrant.

Croit-on une seconde que par de tels procédés et assimilations on détournera une part sans doute sous-évaluée de l’électorat de voter pour lui ?

Extrait de : Caméra cachée, transparence perverse !

19 mars 2017

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