Chacun connaît la chanson de Jacques Dutronc, « L’Hôtesse de l’air ». Mais si, en France, on peut encore rêver « de voir le bas d’en haut », « d’avoir des talons hauts » et « les fesses en l’air », c’est loin d’être le cas au Qatar. Savez-vous que, jusqu’à récemment, le personnel féminin de Airways ne pouvait se marier sans avoir préalablement demandé et obtenu l’autorisation de la compagnie ? Bien plus : en cas de grossesse, une hôtesse de l’air avait obligation d’en aviser son employeur, qui se réservait le droit de mettre fin à son contrat. Et pas question de dissimuler son ventre : ce serait une faute professionnelle, passible de licenciement.

En juin dernier, l’Organisation internationale du travail (OIT) a condamné cette compagnie pour discrimination : laquelle s’est donc vue contrainte d’abandonner ces clauses abusives. Les personnels féminins de cabine attendant un enfant auront désormais le droit de bénéficier temporairement d’un emploi de substitution au sol. C’est mieux que rien, mais beaucoup reste encore à faire. Pour le moment, les femmes membres d’équipage doivent toujours être récupérées à la fin de leur journée de travail par un homme de leur famille : père, frère ou mari.

Faut-il voir dans cette évolution une amélioration de la condition féminine au Qatar ? Qu’on en juge par les explications données par un porte-parole de la compagnie : « Nos politiques ont évolué en raison de la croissance de l’activité de notre compagnie », a-t-il précisé, ajoutant que ces modifications n’étaient pas liées à la condamnation pour discrimination par l’OIT. Cette libéralisation de la condition féminine ne semble donc guère correspondre à un changement profond des mentalités et le pays reste profondément marqué par son identité islamique. Sans doute le est-il le premier État arabe du golfe Persique à avoir accordé aux femmes le droit de vote, en 1990 ; elles peuvent même briguer des mandats électifs. Les électeurs ont, ainsi, élu en juin 2015 deux femmes au conseil communal, qui compte 29 membres. On est loin, cependant, de la parité exigée en France.

On peut se réjouir de ces quelques progrès réalisés au en faveur de la condition féminine, même s’ils restent relatifs et fragiles, dépendant du bon vouloir de l’actuel souverain. Il reste que les femmes, dans la culture islamique en général, sont considérées comme des êtres inférieurs, soumis à la volonté masculine. Même en France, dans certaines familles de confession musulmane, le poids de la tradition est encore si lourd qu’il est difficile de s’en libérer. Le mouvement Ni Putes ni Soumises, créé en 2003, fut une dénonciation de cette situation. La condition des hôtesses de l’air au Qatar peut donc ouvrir la réflexion sur l’influence des cultures dans la société.

Les immigrés italiens, polonais ou asiatiques n’ont jamais eu de gros problèmes d’assimilation. En revanche, si une grande partie des Français d’origine maghrébine – parents et enfants – trouvent leur place dans notre société, acceptent nos valeurs et nos codes sociaux, d’autres peinent à s’intégrer, notamment dans les nouvelles générations. La culture arabo-musulmane peut-elle nuire à l’intégration ? La question mérite d’être posée, surtout lorsque le fondamentalisme islamique prend de l’expansion. Raison de plus pour refuser toute publique de communautarisme.

Constater l’influence de telle ou telle culture sur les mentalités n’est pas faire preuve de discrimination. C’est, au contraire, inciter les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour favoriser l’intégration autour de valeurs communes. Ce n’est pas être xénophobe ni islamophobe que de préférer la condition des hôtesses de l’air en France à celle des hôtesses de l’air au Qatar.

27 août 2015

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