C’est donc l’apparatchik qui arrive en tête à l’élection primaire de la Belle Alliance populaire. Outsider boudé par les sondages, le voici en pole position pour briguer la présidence de la République.

Dimanche prochain, il affrontera l’ancien pensionnaire de l’hôtel Matignon pour désigner celui des deux qui aura à se présenter devant le peuple en candidat de la gauche socialiste.

L’on est vite tenté, par calcul politicien, de souhaiter la victoire du Breton en tablant sur le fait que ce dernier sera à coup sûr laminé par Fillon, Le Pen ou même (soyons fous) par Dupont-Aignan. Ainsi, le PS disparaîtrait et les portes de l’Élysée s’ouvriraient en grand pour les souverainistes…

Illusion que tout cela. Le socialisme existe en France depuis plus d’un siècle et il ne s’éteindra pas avec la supposée défaite de Hamon. L’effet inverse est à redouter : si Fillon ou Le Pen gagne et applique un programme libéral-conservateur ou nationaliste, le PS – rallié à cette “troisième gauche” écolo-radicale que Hamon dit incarner – pourrait être une sérieuse opposition à l’ordre établi, allant jusqu’à pousser la contestation sur d’autres terrains que ceux définis par la loi.

Sans même évoquer ce cas extrême, on peut supputer que les Français, lassés par cinq années de fillonisme ou de lepénisme, décident d’élire un socialiste (par exemple Hamon) en 2022… Nous récolterions, alors, les grains pourris qui sont aujourd’hui semés puisque, tout au long du prochain quinquennat, Hamon et ses gens auraient le loisir de remodeler le parti à leur guise, en le purgeant des éléments les plus droitiers.

Enfin, au nom de quel oracle peut-on annoncer une inévitable défaite de Benoît Hamon ? L’année 2016 nous a suffisamment montré qu’en politique, il ne faut préjuger de rien. Bien qu’il ait le charisme d’un poisson rouge et les talents oratoires d’un pantomime, et que les sondages le placent bon cinquième (juste devant Yannick Jadot), sa désignation comme candidat officiel de la gauche en ferait un présidentiable.

Programme économique ruineux et utopique, propositions sur l’ dangereuses pour l’essence même de la France, laxisme en matière de justice (légalisation du cannabis, fin de l’état d’urgence) : voilà le projet que tisse l’ancien président des Jeunes socialistes pour notre pays. Il nous faudrait donc supporter cinq ans d’une gauche pire que celle qui nous gouverne aujourd’hui : une gauche “vivre-ensembliste”, écolo et soixante-huitarde qui annulerait le peu qu’a fait l’actuel gouvernement en matière de sécurité et de modernisation du travail.

Quand il s’agit de l’avenir de notre pays, c’est l’esprit du bien commun qui doit primer sur les petits calculs pseudo stratégiques. Il serait salutaire que chaque camp présente ses meilleurs éléments et que la confrontation se déroule sur le terrain des idées, au risque de perdre. Ne l’oublions pas : désigner un candidat, c’est en faire un potentiel détenteur des destinées de notre pays. Or, une victoire de la ligne Hamon serait néfaste aussi bien pour la santé du débat public que pour les élections futures. Que cela nous plaise ou non, le PS existe et – à moins d’un cataclysme – continuera d’exister. Alors, par pitié, ne soutenons pas le pire d’entre eux.

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