Accueil Blog Tout opposant à l’Europe est, en puissance, un assassin par procuration

Tout opposant à l’Europe est, en puissance, un assassin par procuration

Est-ce la panique de voir, jeudi prochain, les Britanniques choisir la liberté ? En tout cas, l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox par un prétendu nationaliste britannique, surtout connu pour ses antécédents psychiatriques, a manifestement libéré la parole europhile. Et c’est un discours totalement décomplexé que les nouveaux chiens de garde de l’oligarchie européiste tiennent désormais, à quelques heures du référendum par lequel les sujets de Sa Gracieuse Majesté doivent décider s’ils restent ou non au sein de l’Union européenne.

Après Maïtena Biraben interrogeant le plus sérieusement du monde, sur Canal+ vendredi dernier, Florian Philippot, qui croit tout d’abord à une plaisanterie, sur la responsabilité du FN dans le meurtre de la députée Jo Cox, c’est l’eurobéat bien connu Jean Quatremer qui, sur son blog Coulisses de Bruxelles, abrité par Libération, demande tout aussi sérieusement, ce lundi 19 juin, à propos du même fait divers : « Qui sème la haine ? » Et d’assener, avec l’autorité d’une directive de la Commission européenne : « Il faut le dire clairement : ceux qui font campagne en prônant le nationalisme, en stigmatisant l’immigré, en accusant les “élites” d’être inféodées à une Union européenne qui ne serait autre qu’un “IVe Reich” ou une nouvelle “UESSR”, ceux-là poussent les esprits faibles à la violence. » Ajoutant : « On n’a encore jamais vu un pro-européen, un démocrate-chrétien ou un social-démocrate commettre un attentat ou tuer son voisin. » Et d’en conclure que ceux que nos pro-européens orwelliens appellent de manière nuancée « europhobes », pour mieux criminaliser l’euroscepticisme au même titre que toutes les phobies judiciarisées, sont des pousse-au-crime par le simple fait d’être patriotes, de refuser les diktat bruxellois et d’émettre des doutes sur la légitimité démocratique tant des élites que des institutions européennes.

Bref, tout opposant à l’Europe est, en puissance, un assassin par procuration.

Notons, tout d’abord, que le nationalisme est loin d’être la seule doctrine politique dont l’instrumentalisation aurait pu conduire un « esprit faible » à « tuer son voisin ». Faut-il, pour s’en tenir aux idéologies politiques, accuser le socialisme d’avoir, en son temps, armé les tueurs d’Action directe ? Et le gaullisme historique les barbouzes, de sinistre mémoire ? L’accusation, la semaine dernière, dirigée contre les opposants au mariage homosexuel d’avoir armé le tueur d’Orlando entre dans la même veine. Ces dérapages apparents sont prémédités. Ils sont l’expression d’une rhétorique nauséabonde sur fond d’amalgame simpliste tenant lieu de raisonnement.

Le mot “europhobe” lui-même participe de ce discours de haine qui vise à délégitimer toute opposition, voire toute parole politique qui n’entre pas dans le moule. Dans les régimes totalitaires, l’opposition est considérée comme dissidence, criminelle par définition puisqu’elle veut empêcher le reste de la société de poursuivre sur la voie du progrès. L’accusation d’europhobie relève de la même logique pernicieuse : tout eurosceptique cherche à contrarier l’avènement européen de l’Histoire en convoquant les bas-fonds de l’humanité. Il ne doit pas être tenu pour un opposant, avec lequel il est possible de discuter, mais pour un criminel, qu’il convient de réduire.

Un criminel d’autant plus dangereux qu’il pourrait rappeler qu’on a vu des gouvernements « pro-européens, démocrates-chrétiens et sociaux-démocrates » déclencher, au nom du bien, à la fin du XXe siècle, des guerres au sein même du Vieux Continent, bombarder des populations civiles et même y voir le baptême de sang de l’Europe unifiée. Ou, en ce début du XXIe siècle, assujettir un peuple européen à une telle politique d’austérité que celle-ci a déjà entraîné, faute de soins médicaux ou par désespoir, la mort précoce de dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

Mais, chut ! Le rappeler, ce serait encore « pousser les esprits faibles à la violence » !

À lire aussi

La réussite d’Emmanuel Macron serait une défaite pour la France !

La nomination du gouvernement ne fait que renforcer les craintes qu’on pouvait avoir. …