Editoriaux - Industrie - Table - 2 janvier 2013

Tout le monde veut son Auschwitz à lui !

J’ai relevé, au détour d’un article, l’existence d’un parti que je croyais disparu : le RPF. Enfin, les grandes heures du général de Gaulle qui, après la guerre, fonda ce mouvement, étaient revenues ! Hélas, hélas, hélas… Il ne s’agissait pas du Rassemblement populaire français, gaulliste et gaullien, mais du Rassemblement pour la France, dont il est permis de douter qu’il soit promis à une semblable notoriété. Par ailleurs, je ne pense pas y prendre ma carte.

Mais le président de ce parti n’est pas un inconnu. Il s’appelle Christian Vanneste et a été poussé à la porte de l’UMP pour homophobie. Et surtout pour avoir déchaîné les foudres de la gauche, de l’extrême-gauche, et de nombreuses associations influentes quand il s’est mis en tête de contester la légende de la déportation des homosexuels en France sous l’Occupation. À l’heure où on manifeste pour ou contre le mariage gay, le sujet mérite qu’on s’y attarde.

Les associations gay exhibent en effet les ennuis passés des leurs comme d’autres montrent leurs charmes en faisant du strip-tease. L’homosexualité a été, au cours des siècles et selon les pays, fréquemment stigmatisée. C’est incontestable. Mais ça ne suffit pas. Nous vivons une époque qui a fait du nom d’Auschwitz le synonyme indépassable de l’horreur. Et tout le monde veut son Auschwitz à lui. On s’accroche aux barreaux de l’échelle pour accéder à ce sommet et décrocher l’auréole nécessaire du martyre. Et M. Vanneste, méchant, maladroit, négationniste, a tenté de renverser cette précieuse échelle. Il en a été puni.

Sous l’Occupation, et donc sous le régime du Maréchal Pétain, tant décrié, c’était le bon temps. Pas pour tous. Mais pour certains. Le vainqueur de Verdun, qui savait aller à l’essentiel, avait promulgué un statut des Juifs, pas un statut des pédérastes (ça se disait comme ça en ce temps-là). Son ministre de l’Éducation nationale s’appelait Abel Bonnard, que ses détracteurs surnommaient « Gestapette ». Montherlant, qui aimait bien les adolescents, était devenu en quelque sorte un écrivain officiel de Vichy.
Gide, bien qu’un peu en disgrâce, pouvait tranquillement traverser la Méditerranée pour aller faire son marché à Tanger où de jeunes garçons arabes attendaient le chaland. À Paris, les bars bienveillants foisonnaient, et on pouvait y croiser des officiers allemands qui avaient les mêmes raisons d’y être que Jean Cocteau et Jean Marais, connus pour chasser en couple. Non, ils n’ont pas été déportés. Pas plus qu’Abel Hermant ou Robert Brasillach qui fut fusillé pour autre chose à la Libération. Les légendes ont la vie dure, et ce pauvre Vanneste s’y est cassé les dents.

Les Noirs aussi veulent monter sur l’échelle qui mène à Auschwitz. L’esclavage, manifestement, ne suffit pas. Un certain Claude Ribbe fit, dans cette démarche, une trouvaille historique : Napoléon était l’ancêtre, le précurseur, le modèle d’Hitler. Une photo du chancelier du IIIe Reich se recueillant devant le tombeau de l’Empereur aux Invalides figurait en couverture du livre consacré à cette intéressante découverte. Une redoutable pièce à conviction. Les troupes napoléoniennes avaient effectivement réprimé de façon sanguinaire des révoltes d’esclaves en Haïti et aux Antilles. Mais bon, un massacre ce n’est jamais autre chose qu’un massacre…

M. Ribbe trouva – eurêka ! – le chaînon manquant entre Napoléon et Hitler. Des révoltés noirs avaient été asphyxiés (gazés, donc) dans des « bateaux-étouffoirs » (ancêtres des chambres à gaz) avec de la fumée produisant du dioxyde de carbone. Dioxyde de carbone, ça vous a comme un petit air de Zyklon-B… Napoléon fut donc ainsi dépouillé de ses glorieux oripeaux pour devenir un monstre génocidaire et le premier à avoir imaginé l’extermination industrielle d’un peuple.

Et les Arabes ? Rien pour les Arabes. Rien encore. Ces gens là manquent tout à fait d’imagination. Qu’attendent-ils pour se pencher d’un peu plus près sur les abominations, très réelles, commises en Algérie par les soldats de Bugeaud ou du Duc d’Aumale ? Des rebelles s’étant réfugiés dans des grottes, on les enfuma. Et qui dit enfumés, dit asphyxiés, et qui dit asphyxiés dit gazés. Mais que font donc les historiens algériens ?

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