En apparence, disons-le tout net : les Français sont un peuple exaspérant. Souvent gueulards, facilement ramenards, étonnamment versatiles et particulièrement amnésiques, ils sont bien difficiles à suivre. Surtout quand, en plein syndrome du « tous pourris », ils ramènent un condamné sur le devant de la scène politique.

C’est à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, où l’ancien président du conseil général, viré après avoir été condamné à dix-huit mois de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité pour corruption passive et recel d’abus de biens sociaux, est arrivé en tête de la cantonale partielle de dimanche dernier.

Une magnifique histoire bien française, là encore, tout à fait dans la veine des magouilles actuelles.

Pierre Bédier donc – c’est l’heureux gagnant –, ancien député-maire de Mantes-la-Jolie et secrétaire d’État du Raffarin, s’est donc représenté, toute honte bue, après un magnifique tour de passe-passe. Condamné et inéligible, il avait été remplacé en 2009 à la tête du conseil général par Vialay. Bonne pomme ou bonne pâte, c’est comme on voudra, cet aimable pantin a démissionné de son poste le jour même de la levée d’inéligibilité de Pierre Bédier. Discipliné en diable, il a laissé la place à sa suppléante, madame Pascale… Bédier, comme ça tombe bien. Bonne épouse qui fait manifestement où on lui dit de faire, elle aussi, elle a donc également démissionné pour que son époux et maître puisse se représenter devant les électeurs. Lesquels, épatés par une si belle maîtrise de la chose politique, lui ont offert dimanche un score de maréchal :
45,36 % des voix au premier tour.

Sauf que…

Sauf qu’à y regarder de plus près, on s’aperçoit que 71,08 % des électeurs n’ont pas jugé utile de se déplacer pour participer à la mascarade. Écœurés, ils sont allés à la pêche, et on les comprend.

Voilà une leçon qui, pour l’instant, n’a pas l’air de pénétrer le crâne des politiques qui continuent d’ânonner leur mantra : la nécessité de « faire barrage à la montée des extrêmes ». Or, montée de l’abstention et montée des extrêmes sont les deux symptômes d’une même maladie : l’écœurement devant la débâcle de ces pseudo-élites corrompues jusqu’à la moelle et de leur poignée d’électeurs vendus au clientélisme.

Reste qu’à ce régime-là, rien ne nous garantit qu’on n’aura pas aux prochaines un Tapie maire de Marseille, voire un Cahuzac directeur du FMI. Les Balkany sont bien rois à vie de Levallois-Perret, et Gaston Flosse empereur de Polynésie, alors… tout est possible !

2 juillet 2013

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