Le philosophe et anthropologue René Girard a développé magistralement la théorie du bouc émissaire, qui s’illustre malheureusement de façon tragique dans l’époque actuelle. C’est la démonstration des mécanismes par lesquels une communauté, une société, ou une famille jette l’anathème sur un individu ou un groupe d’individus chargés de porter la faute et le malheur qui frappent l’ensemble de la collectivité.

Le bouc émissaire est, en quelque sorte, chargé de solder les crises traversées par la société, et ce, jusqu’à la mort.

C’est précisément la qui est visée : mort sociale, mort physique, à laquelle la communauté s’emploie par des mécanismes pervers de rejet, d’exclusion, de dénigrement, de harcèlement et d’opprobre. Cela peut aussi aller jusqu’au chantage, affectif ou non, et à la menace :  au nom de notre amitié, tu ne peux pas faire ça, sinon c’en est fini entre nous ; si tu fais ça, attends-toi à ce que tout le monde le sache ; libre à toi de décider, mais sache ce à quoi tu t’exposes (éviction, lâchage, menaces de procès, etc. ). Le paradoxe du mécanisme du bouc émissaire et, d’ailleurs, ce qui en fait aussi le scandale moral est que la victime désignée est innocente.

Le salon est une foule, la société est une foule, la communauté familiale est une foule : nous voyons à l’œuvre ces procédés d’anathème et de mise au ban particulièrement dans la crise du Covid actuelle et avec les résistances qui se développent par rapport au passe sanitaire. Nous voyons les vaccinés qui, tels les prosélytes de la nouvelle religion sanitaire, se lancent dans le lynchage collectif, unifiés et hurlant contre les adversaires du vaccin, les nouveaux ennemis des Lumières et de la civilisation : ils sont, malheureusement, aidés par le gouvernement et par sa communication détestable, qui se déploie sur quelques idées schématiques, amalgamant les gens entre eux, dans des constats sociologiquement douteux et moralement indéfendables (les antivax, les gens sous-cultivés, les périphéries pauvres que n’atteignent pas la culture ni le développement, les classes populaires contre les élites, etc.). Ces schémas sont ceux d’esprits assez moyens, peu enclins à la nuance, mais disposant de nombreux leviers de communication et de soutiens à l’échelle du gouvernement.

Avec quelques idées simplistes, ces hauts fonctionnaires génèrent un mouvement qui conduit tout droit à la théorie de René Girard : celle du bouc émissaire. La victime désignée est l’ensemble des personnes opposées à la politique sanitaire. Insidieusement se mettent en place les mêmes mécanismes de mise au ban, d’humiliation publique – et, bientôt, probablement, de menace de sociale.

Un internaute annonçait, tel un Cassandre, que l’État songerait bientôt à confiner les non-vaccinés. Un ghetto pour récalcitrants, une prison à domicile et la menace de la professionnelle et sociale. Peu importe que ces personnes soient en bonne santé, négatives au test Covid et dont le seul péché originel serait d’avoir défendu la liberté de conscience.

Toutes les tyrannies se construisent sur ces procédés : unir une partie de la population contre une autre, de façon à donner un exutoire à la peur, à la frustration et à la haine : peur générée par le tyran lui-même, mais qu’il s’emploie à dévier sur une victime désignée.

Ce qui est tragique est que les hommes n’aient pas retenu les leçons de l’Histoire. On voit les régimes dictatoriaux, en Chine, par exemple, reprendre ces mêmes procédés, la délation institutionnalisée, l’espionnage des voisins et des parents, la mise à sociale des mauvais citoyens désignés, jetés à la vindicte populaire, sans que nul n’y trouve à redire.

C’est pourquoi il paraît urgent de relire l’œuvre de René Girard pour comprendre que ceci est une régression grave de civilisation et qu’avec cette tentation totalitaire naîtront tous les cortèges d’assujettissements et de déni de la dignité humaine.

29 août 2021

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