Tour Montparnasse : entre vitres qui tombent et copropriété bloquée, la décrépitude

Plus que quinquagénaire, la Tour a perdu de son arrogance et aurait besoin d’une restauration complète.
Photo de Regan Dsouza: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/vue-aerienne-de-l-ecole-militaire-a-paris-32775657/
Photo de Regan Dsouza: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/vue-aerienne-de-l-ecole-militaire-a-paris-32775657/

Plus que quinquagénaire, la tour Montparnasse vieillit mal. Elle aurait besoin d’une restauration complète mais, le 23 septembre dernier, les copropriétaires désunis ont rejeté les travaux à venir : « désamiantage, curage, dépose partielle de façade ». En cause, le coût : 800 millions d’euros. L’avenir de l’unique gratte-ciel de Paris est bloqué comme celui d’une banale « copro » dont les propriétaires s’écharpent pour la réfection de la cage d’escalier !

Il y a pourtant urgence. Au cœur de l’été, des vitres sont tombées dans les rues environnantes et d’autres, sur le point de chuter, ont dû être sécurisées. La décision de faire d’importants travaux a été prise en 2015. Depuis, ça traîne des pieds. L’actuel permis de travaux ne sera plus valable fin novembre. Si rien n’est fait, le dossier retournera à la case départ.

L’arrogant style international

Une tour de 210 mètres désormais vidée de ses bureaux et qui perd ses vitres, voilà une sérieuse déconvenue pour ce bâtiment de « style international ». Elle remonte à l’époque où l’on bâtit le Front de Seine (Beaugrenelle, Grenelle-Javel), où La Défense continue de s’élever. Pourquoi bâtir un gratte-ciel à Montparnasse ? Par volonté de « moderniser », symptôme d’une arrogance manifeste.

Comme si ce quartier historique, recelant mille témoins d’une vie qui avait été champêtre puis artistique, aurait été déshonoré de ne pas avoir une tour. Comme s’il fallait absolument humilier les modestes « maisons basses », briser l’unité architecturale et visuelle du quartier, au nom de la modernité. C’est imparable, l’argument de modernité, car qui s’y oppose fait automatiquement figure de vieux con. La tour Montparnasse symbolise à merveille le parasitisme d’une architecture sans racines, destinée à abriter des bureaux et des centres commerciaux. L’esthétique du tertiaire et de la société de consommation pour seul horizon.

Des constructions plus faiblardes qu’il n’y paraît

La prétention de l’époque dissimule mal le vieillissement précoce de ses constructions. Le Centre Pompidou doit, par exemple, subir une rénovation majeure tous les 25 à 30 ans. Derrière le triomphalisme, la décrépitude. Mais pourquoi les gratte-ciel et beaucoup d’édifices « modernes » vieillissent-ils si mal ? C’est systémique, comme on dit. D’abord, la structure de béton n’est pas éternelle car le béton a une durée de vie limitée, qui le rend fragile au fil des décennies.

Autre point faible des gratte-ciel, ils n’ont pas de murs. Sur de telles hauteurs, ils s’effondreraient sous leur propre poids. Les gratte-ciel ont un parement, c’est-à-dire un habillage qui est tributaire de son accrochage (fixation mécanique, collage). L’exemple de la John Hancock Tower, à Boston – 60 étages et contemporaine de la tour Montparnasse –, est célèbre : elle était à peine bâtie qu’une soixantaine de vitres chutèrent. On mit du contreplaqué à la place, ce qui lui valut le surnom de « Palais de contreplaqué ». À Paris, les dalles de l’Opéra Bastille se mirent à tomber l’année suivant son inauguration : on posa 5.000 m2 de filets de sécurité.

Et si on la détruisait ?

Bien qu’anachroniques à tout point de vue, les Titans de verre ont hélas toujours la cote puisque, à moins de trois kilomètres à vol d’oiseau de la tour Montparnasse, la construction de la tour Triangle continue. On pourra bientôt, de cette tour-ci, regarder les panneaux vitrés dégringoler de cette tour-là. Un des projets de restauration de la tour Montparnasse (2017) affirmait que sa refonte en ferait « un lieu dynamique et vivant », « un pôle d’innovation économique, le véritable cœur d’un quartier animé, et un modèle en matière de développement durable ». Une tarte à la crème qui pourrait être celle de n’importe quel projet n’importe où : le Domaine des Dieux ou bien un centre commercial avec bureau de poste et guichets de la CPAM en quartier prioritaire.

Mais pourquoi se focaliser sur sa restauration ? Parlera-t-on, un jour, de sa… destruction ? C’est une option coûteuse mais qui permettrait de redonner à tout un quartier son horizontalité d’origine. Reste à faire tomber les derniers pans de snobisme encore attachés au style international.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Détruire la Tour Montparnasse, gros travail en pleine ville. Mais ça me rappelle les  » biscottes  » à Lille deux immeubles minces, le premier a été détruit en 89 et le suivant deux ans plus tard. Parait aux dires de quelqu’un de proche qui y a habité, et très haut que quand il y avait du vent ça faisait peur.

  2. Si certaines de ces constructions sont fragiles c’est souvent pour de la malfaçons, les raisons en sont nombreuses, le budget validé très souvent des années en arrière donc choix des matériaux en conséquence, entreprises qui accélèrent la construction et le meilleur pour la fin souvenez-vous des financements des partis politiques dans ces années 70/90, il n’y a pas que le financement du parti on appelle ça des pots de vins, il y a d’ailleurs deux chantiers très représentatifs de ce phénomène vous parlez de l’Opéra Bastille (sous l’égide de Jack Lang) mais aussi la B.N.F. , dès le départ on connaissait le résultat final des problèmes que rencontreraient ces bâtiments, comme on dit « si vous saviez ma-pauv-dame ».

  3. Il faut détruire la Tour Montparnasse, cet immeuble hideux qui apparait comme une haute verrue dans le paysage parisien.

  4. Des bâtiments à peine cinquantenaires, le plus souvent hideux, voués à la démolition. Admirons le progrès par rapport à nos cathédrales romanes ou gothiques…

  5. Dans les années ’70 je travaillais à Montrouge, dans un immeuble « moderne ». Les jours de pluie, la traversée de la cour était périlleuse, les dalles devenant glissantes. Nous marchions donc sur des œufs.
    Puis les plaques de marbre des façades ont commencé à dégringoler.
    Franchement, ce n’est pas sérieux.

      • Cette « modernité de l’époque » a directeemnt débouché sur notre mondialisme. Car ce sont les mêmes, et leurs descendants, qui tiennent les commandes.

  6. bah, à Loos, en banlieue de Lille, la tour Kennedy ( de logements et de 95m de hauteur ) a été détruite l’été dernier…

  7. Le symbole de l’arrogance mitterandienne de cet épouvantable et orgueilleux socialisme ultra capitaliste qui n’est qu’un geant aux pieds d’argile.

    • Désolé, la tour Montparnasse c’est 1973, donc Pompidou… ca ne retire rien au triste bilan de Mitteux largement contributive de la gabgie de l’état Français…

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