Culture - Editoriaux - Industrie - International - Politique - Presse - 25 septembre 2015

Touche pas à mon despote !

Mais qu’est-ce que notre République démocratique et sociale, mais qu’est-ce que le pays des Lumières et de la Déclaration des droits de l’homme a à faire avec ce régime anachronique, cette monarchie absolue, ce despotisme obscurantiste ?

Comment notre République laïque, multiethnique et multiculturelle peut-elle s’acoquiner avec une théocratie raciste, sectaire et bornée où toute la vie politique, professionnelle, familiale et sociale est régie par la charia et tourne autour d’un cube noir, obscur objet d’une idolâtrie qui n’ose pas dire son nom, de pèlerinages et de processions où les fidèles se pressent et se bousculent comme un troupeau de moutons conduits à l’abattoir ?

Comment les dirigeants d’un État qui se flatte d’avoir aboli la peine capitale peuvent-ils serrer la main sanglante de rois, d’émirs et de princes qui la pratiquent avec la même intensité et font sauter aussi allègrement les têtes que la reine folle d’Alice au pays des merveilles (cent trente-neuf exécutions depuis le début de l’année, et non soixante-dix-neuf comme je l’écrivais hier par erreur) ? Quel est ce royaume de cauchemar où l’on paye indifféremment de la prison, de la torture, du supplice et de la vie le vol avec récidive, l’opposition politique, le blasphème, l’hérésie, l’adultère et l’apostasie ?

Parmi les vices publics et privés des fondateurs, des rejetons, des parents, des dignitaires et des courtisans de cette dynastie surgie du désert, assise sur un tas d’or qui fleure bon le naphte et pourrie jusqu’à la moelle, on ne mentionnera que pour mémoire la tartufferie de ces parangons de vertu qui portent le masque de la piété et de l’austérité à l’intérieur des frontières du royaume et vont s’en fourrer jusque-là comme le Brésilien d’Offenbach dans tous les palaces du monde. Quant à la corruption qui est là-bas consubstantielle à tous les marchés, à commencer par ceux de l’État, il semble qu’elle n’ait jamais posé problème aux interlocuteurs occidentaux de la famille Saoud and Co.

Il est vrai que la politique, et particulièrement dans sa partie diplomatique, doit tenir compte des réalités, et l’on ne va pas se brouiller avec un État qui porte la plus lourde responsabilité dans l’encouragement, le financement, la croissance et l’expansion d’Al-Qaïda, puis de Daech, ni le chicaner sur le double jeu qu’il mène depuis des années entre alliance occidentale et soutien à la subversion djihadiste, quand ce même État joue un rôle si positif pour notre tourisme, notre industrie du luxe, nos affaires et nos ventes d’armes. L’Arabie saoudite n’a-t-elle pas sorti son carnet de chèques à trois reprises depuis deux ans pour payer les joujoux modernes et français, les Rafale et les Mistral que le Liban et l’Égypte avaient la pressante envie mais pas les moyens de s’offrir ?

Le régime syrien est-il plus autoritaire, plus archaïque, plus dangereux, plus hypocrite, plus cruel que celui de notre allié le roi Salman ? La faute inexpiable, les crimes impardonnables de Bachar el-Assad, ce pestiféré, sont-ils ce que l’on nous dit ? Cherchez ailleurs : le péché originel de la Syrie, c’est de n’avoir pas de pétrole.

À lire aussi

Dominique Jamet : “Les Français apprécient chez François Mitterrand la bonne tenue, contrairement à Macron”

Imprimer ou envoyer par courriel cet articleUn récent sondage place François Mitterrand me…