La presse entière se déchaîne contre , secrétaire général de la CGT, au motif que son syndicat a déboursé 130.000 euros pour rénover son appartement de fonction. Certes, la somme n’est pas anodine et représente l’équivalent de 750 cotisations annuelles à la CGT. On pourrait aussi dire qu’elle représente peu moins de 100 SMIC mensuels, 10 SMIC annuels, une bague chez Mauboussin ou Van Cleef & Arpels et pourquoi pas une belle Maserati Grancabrio !

Pourquoi un tel procès d’intention ? Tous les autres secrétaires généraux de la CGT étaient parisiens ou banlieusards : Henri Krasucki habitait dans le 19e arrondissement, Louis Vianney à Bobigny, Bernard Thibault à Draveil… Thierry Lepaon, lui, est provincial et il a conservé son domicile en Normandie.

Qu’aurait-il dû faire ? Aller à l’hôtel ? A Paris, il faut compter environ 130 euros la nuit pour un petit deux étoiles, sans aucun luxe. A raison d’au moins quatre nuits par semaine sur 47 semaines (s’il prend cinq semaines de congés payés), Thierry Lepaon déboursera au bas mot 24.440 euros par an ! Aurait-il dû vendre son domicile normand pour acquérir un appartement parisien ? Qui pousserait l’esprit de sacrifice à sa cause, qu’elle soit politique et syndicale (mais peut-être pas religieuse et encore), à une telle extrémité ? La réponse est dans la question : personne. Aurait-il dû aller « squatter » chez des amis ou de la famille ? Et pourquoi pas dormir sous les ponts pendant qu’on y est ?

On pourrait peut-être reprocher à la CGT de ne pas avoir pensé à acquérir, en bien propre, un logement de fonction qu’elle aurait mis à la disposition de ses secrétaires généraux. Mais là encore, on aurait sans doute glosé, à chaque transmission de témoin, sur les goûts et les couleurs et bien sûr sur le coût des réaménagements.

A l’évidence, être patron d’un syndicat de l’envergure de la CGT au même titre qu’être patron d’un parti politique (PS, UMP, FN…) ou ministre (etc.) mérite que l’on soit détaché des contingences matérielles pour se consacrer uniquement à sa fonction. Ce qui ne veut pas dire qu’on peut tout se permettre.

Quand bien même la CGT, proche du PCF qui l’a longtemps financée en sous-main, reste le premier syndicat de France, elle ne roule pas (plus ?) sur l’or. Par les temps qui courent, la centrale syndicale est très attentive à ses deniers. Elle a perdu plusieurs dizaines de milliers d’adhérents, ces dernières années… Il est loin l’objectif du million d’adhérents que s’était fixé Bernard Thibault au début des années 2000 !

Il n’est donc pas scandaleux, ni choquant que la CGT ait payé 130.000 euros pour que son patron puisse, le soir venu, se reposer en toute quiétude sous l’ombre tutélaire et réconfortante du château de Vincennes dont Charles de Gaulle a pensé, un temps, faire le siège de la Présidence et du Gouvernement…

A la vérité, on peut voir derrière cette annonce un coup bas des adversaires de Thierry Lepaon pour le déstabiliser. Il vient du privé quand ses deux derniers prédécesseurs venaient du secteur public. Il ne faisait pas non plus vraiment partie du sérail, c’est-à-dire du bureau confédéral… En plus, il est candidat à sa propre succession. Tout s’explique.

Cette polémique est donc veine et ressemble à s’y méprendre au procès médiatique qui avait été fait en son temps à Hervé Gaymard, ministre de l’Economie et des Finances qui pour loger toute sa famille, (sa femme et huit enfants) avait fait loué un duplex parisien pour 14.000 euros par mois…
Thierry Lepaon comme Hervé Gaymard n’ont rien à se reprocher.

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