Depuis plus d’une semaine, des incendies font rage dans la région de l’Alberta, autour de la ville de Fort McMurray.

Dimanche et lundi, ils ont fait la une des journaux télévisés de TF1 et France 2. Les incendies de forêts étant dans la liste des catastrophes promises par les lanceurs d’alerte du réchauffement climatique, le lien avec cet événement spectaculaire a vite été établi dans divers journaux.

Ainsi, lundi dernier, David Pujadas posait d’emblée la question : « …peut-on faire le lien avec le réchauffement climatique ? » Nicolas Chateauneuf, le spécialiste « ès sciences » du JT de France 2, n’hésitait pas à affirmer : « …oui, on peut le faire David, c’est même fort probable… il se passe quelque chose d’exceptionnel ». Et d’ajouter : « Le réchauffement climatique est même plus rapide dans les régions de l’extrême Nord. »

Comme preuve irréfutable, il ne parlait plus d’un, ni de deux, ni de trois degrés supplémentaires, mais de 20 °C sur cette région ! Qui dit mieux ?

Seulement voilà, si l’on regarde d’un peu plus près la météo locale, on peut se rendre compte que les choses ne sont pas si simples. Une consultation du site météo- canadien, indique que la  température moyenne, en mai, de la ville de Fort McMurray, sur la période 1981–2010, est de 10 °C, et que sa température maximale moyenne est de 16,9 °C. Les 10 et 11 mai, la température, à 15 h 00, était de 14 °C. Rien d’anormal.

En avril, les températures moyennes journalières étaient très fluctuantes, car comprises entre -2 et 28 °C, et il est vrai que le niveau des précipitations était largement inférieur à la moyenne, mais ce sont, comme partout, les caprices de la météo et non une tendance durable. Pour preuve, l’Athabasca River qui traverse l’Alberta a un niveau d’eau très élevé. Au moment de l’incendie, la température de cette ville est montée à 33 °C, le 3 mai, on était donc bien plus de 20 °C au-dessus de la moyenne, mais le 9, elle était de nouveau descendue à 9 °C. Encore une fois, rien d’alarmant.

Et puis, si l’on cherche encore un peu, on peut lire, sur le site de la chambre de commerce du hameau de Lac La Biche, qu’en 1919, époque pour laquelle on ne peut pas parler de réchauffement climatique, cette région avait déjà dû subir un incendie gigantesque qui avait détruit environ 30 km². Excusez du peu !

Plus récemment, en 2001 et mai 2011, il y a eu également des incendies exceptionnels qui ont détruit 510 maisons, causés 700 millions de dollars de dégâts et l’évacuation de 15.000 personnes. Cet historique n’a pas été évoqué. Un comité canadien a rapporté, en 2012, que le vieillissement des forêts accroissait le risque de feux catastrophiques. Il mentionnait également que les causes humaines étaient passées de 200/an, en 1993, à 1.100/an, en 2011. Nous sommes donc loin de la cause première évoquée par Nicolas Chateauneuf.

Alors, pourquoi cet enfumage médiatique sur l’Alberta et la présentation tendancieuse de cette affaire ? Je vous laisse deviner…

14 mai 2016

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