Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

-Édouard Ducray est chargé des études au sein de l’association Sauvegarde Retraites. Il a bien voulu répondre à nos questions.

Le gouvernement vient de présenter son projet de réforme des retraites. Quelles en sont les mesures principales ?

En réalité, il ne s’agit pas d’une réforme… Les mesures qui ont été présentées par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, visent au contraire à multiplier les replâtrages pour préserver le système en l’état. En somme, il s’agit de raboter les retraites pour tenter de sauver le système, quel qu’en soit le prix.

Mais les sacrifices ne sont-ils pas surtout demandés aux actifs ?

Effectivement, une hausse des cotisations est prévue. Pour être précis, il s’agit plutôt d’une augmentation de l’augmentation puisque, l’an passé, le gouvernement a déjà décrété une hausse progressive des cotisations sur quatre ans. Aujourd’hui, vu la récession, une telle surenchère risque d’engendrer une baisse des salaires et une hausse du chômage. Ensuite, un nouvel allongement de la durée de carrière est également au menu. Ceux qui ont moins de 40 ans aujourd’hui devront travailler 43 ans. Il s’agit, en quelque sorte, de travailler plus pour gagner moins.

Les sont épargnés ?

Non, le Premier ministre ne s’est pas attardé sur la question, mais le projet prévoit au moins deux mesures les concernant. La première touche les revalorisations annuelles. Aujourd’hui, elles ont lieu le 1er avril. Demain, ce sera le 1er octobre. Comme une entreprise en faillite partielle, l’État organise un retard de paiement. Il compte grappiller ainsi 1,4 milliard d’euros. La seconde consiste à fiscaliser l’intégralité des majorations de pension pour enfant, c’est-à-dire à augmenter tout simplement l’impôt sur le revenu des retraités.

Alors tout est perdant ?

Oui, surtout dans le sens où cette ne résout rien. Ces mesures n’apportent même pas un tiers des ressources nécessaires. Si elles ont un impact neutre sur l’ – ce qui est malheureusement peu probable –, elles devraient permettre de dégager sept milliards d’euros sur les vingt milliards escomptés. Et encore, les besoins de financement fixés à ces vingt milliards d’euros sont largement sous-estimés. Ils ne prennent pas en compte les surplus nécessaires qu’il faudra pour financer la des fonctionnaires, ni une part des subventions publiques prises en charge par l’État, lui-même déficitaire. En revanche, les bénéficiaires des régimes spéciaux s’en sortent bien, le gouvernement a pris soin de préserver leurs avantages…

Peut-on procéder autrement ?

Soyons clairs : à force de retarder les échéances, il n’y a plus de solution miracle. En revanche, il existe des alternatives beaucoup plus justes et qui surtout permettraient de ne pas hypothéquer l’avenir de notre économie. Déjà, il est urgent que les régimes spéciaux soient réellement réformés. Le gouvernement ne peut pas, d’un côté, donner des leçons de sociale et de morale égalitariste et, de l’autre, préserver des privilèges d’un autre âge, sous prétexte qu’il ménage sa clientèle électorale. Ensuite, il faut tout remettre à plat comme l’ont fait la plupart de nos voisins européens en basant cette réforme de fond sur deux grands piliers : d’une part, un plafonnement des cotisations obligatoires et l’interdiction de recourir à l’emprunt dans un système en répartition, ce qui permet de respecter le principe d’équité et de solidarité entre les générations ; et, d’autre part, la consécration du principe « à contribution égale, retraite égale », ce qui permet, cette fois, de garantir l’équité entre les personnes d’une même génération.

En savoir plus : sauvegarde-retraites.org

28 août 2013

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