Taxer les produits sucrés : le retour de la gabelle version XXIesiècle ?

Au nom de la lutte contre l'obésité et le diabète, le gouvernement propose de taxer les produits sucrés
Photo de Sebbi Strauchsur Unsplash
Photo de Sebbi Strauchsur Unsplash

De deux choses l’une, soit le gouvernement est profondément inquiet et soucieux du poids des Français, soit il est aux abois et ne sait plus quel fond de tiroir racler pour tenter de boucler son budget. Toujours est-il qu’une nouvelle taxe potentielle serait envisagée par le gouvernement : celle sur les produits sucrés transformés. Présentés ce jeudi 1er octobre, les budgets de l’État et de la Sécurité sociale sont sans ambiguïté : il faut « ramener le déficit à 5 % du PIB en 2027, notamment grâce à la mise en œuvre de 43 milliards d'euros de mesures de redressement », explique LCP, et pour y arriver, il n’y aurait manifestement pas de petits profits.

L'intérêt pondéral ou l'intérêt fiscal ?

Sur LCI, le 29 septembre, le ministre du Commerce, Serge Papin, a en effet indiqué qu’une taxe sur les produits sucrés serait bien au menu du budget. Sous prétexte de lutter contre l’obésité et le diabète, voilà qu’une manne particulièrement juteuse sur les produits sucrés transformés « pourrait rapporter au moins 200 millions d'euros dès 2027 », rapporte Les Échos. Le principe existe déjà, d'ailleurs, avec la taxe Soda qui, selon LCP, « a rapporté environ 800 millions d'euros en 2025, selon un rapport de la commission des Affaires sociales publié en juin 2026 ». Quel pain béni de pouvoir justifier une nouvelle taxe par un intérêt sanitaire prédominant ! « Je ne suis pas pour les taxes », s’est défendu le ministre, mais il y a un « enjeu » sanitaire car « il y a trop d'obésité », trop de « diabète ». Selon Serge Papin, « aujourd'hui, un gamin de neuf ans a mangé autant de sucres [...] que son grand-père qui a vécu toute une vie ». Peut-être est-ce vrai, mais le consommateur, après dix ans de Macronie, aura du mal à croire que cette nouvelle taxe n’a pour seul but que son intérêt et sa silhouette…

Les obèses et les diabétiques ont bon dos

L’idée est d’ailleurs si judicieuse que ce n’est pas la première fois qu’elle est mise sur la table, rappelle LCP : « Elle revient depuis plusieurs années à chaque examen budgétaire. Fin 2025, plusieurs amendements visant à "instaurer une taxe sur les sucres ajoutés dans les produits alimentaires destinés aux nourrissons et aux enfants âgés de un à trois ans" avaient été déposés sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS). » D’ailleurs, sur X, la porte-parole de Gabriel Attal, Prisca Thevenot, qui s’était empressée de dénoncer cette nouvelle potentielle taxe en 2026, s’est fait rattraper par la patrouille, en la personne du député RN de la Somme, Matthias Renault, qui lui rappelle qu’elle avait elle-même proposé cette taxe en 2025. Les obèses et les diabétiques semblent avoir décidément bon dos.

La gabelle version XXIe siècle

Sans compter que cette taxe, qui concernerait, selon RMC, « les produits qui comporteraient plus de 23 grammes de sucre », impacterait non seulement les consommateurs dont le pouvoir d’achat n’en finit pas de diminuer, mais aussi les entreprises de l’agro-alimentaire. Les Échos donne la parole à l’ANIA (Association nationale des industries alimentaires), qui craint « les effets pour ses membres, notamment les PME et TPE qui ne peuvent déjà pas répercuter la hausse de leurs coûts énergétiques auprès des distributeurs ». Le président de l’association, Jean-François Loiseau, ajoute que « leur imposer une nouvelle taxe, qui viendra s'ajouter aux 5 milliards d'euros de taxes spécifiques pesant déjà sur la filière agroalimentaire, reviendra purement à les condamner ».  Au micro de RMC, mercredi 30 septembre, Jean-François Loiseau s’insurge : « Le gouvernement n'a pas d'autres idées, finalement, que d'aller chercher encore une fois dans le pouvoir d'achat du consommateur pour boucher les trous. »

Comment ne pas s’inquiéter, effectivement, quand on constate l’ampleur des trous à boucher… et ce, d’autant plus que les budgets présentés par le gouvernement ce jeudi 1er octobre en Conseil des ministres renvoient effectivement l’image d’une France aux abois qui ne sait plus où trouver des économies, mais surtout des recettes. Ainsi, après le sucre, faut-il s’attendre à voir taxer les produits salés au nom de la lutte contre l’hypertension ? Finalement, notre gouvernement n’invente pas grand-chose, il propose simplement de restaurer la gabelle, mais version XXIe siècle...

Vos commentaires

82 commentaires

  1. Taxer les produits sucrés est une abomination supplémentaire ,le problème étant lié aux taux d esucre a l’intérieur des dits produits qui fabriquent en vérité des diabétiques aux ordonnances calamiteuse et eds tarifs prohibitifs dont les seuls gagnants sont les laboratoires pharmaceutiques !!!

  2. Effectivement le gouvernement est incapable de faire des vrais économies.
    Ceci-dit c’est un problème de santé publique et taxer est une bonne idée. Dans la même logique la TVA MacDo et autres devrait être la même que les restaurants.

    • Depuis 2012, les Mac Do et semblables ont la même TVA que tous les restaurants.

      Ce qu’on mange à Mac Do n’est pas pire qu’ailleurs, leurs salades sont bien équilibrées et l’hygiène très rigoureuse.

      Ne vous faites pas d’illusions sur les restaurants traditionnels. Rares sont ceux où on cuisine vraiment, surtout si la carte est longue et diversifiée. Ils se fournissent en plats tout préparés et pas du tout sains chez Métro France ou d’autres grossistes réservés aux professionnels de la restauration.

      Maintenant le pire n’est pas forcément dans l’assiette, le pire est dans les verres et les canettes.
      Rien n’est plus grave que les boissons sucrées, même les jus de fruits, en raison de l’assimilation immédiate des sucres par le foie puis tout le système digestif, contrairement à un fruit, ou même un gâteau qui est freiné par sa substance.

  3. L’aveuglement des lecteurs de BV est bien triste.

    Selon les études, pour le tabac, chaque tranche de hausse de 10% a entrainé une diminution de 4% de la consommation dans les pays européens.
    La consommation de sucre, en particulier sous forme liquide est aujourd’hui une tragédie sanitaire dans tous les pays occidentaux, et affectent gravement les jeunes et très jeunes.
    Taxer les produits sucrés est une très bonne mesure et encore bien trop timide dans ce budget. 12 centimes de taxes pour une canette de soda est ridicule, il faudrait au moins 1 euro de taxes vu la catastrophe pour la santé.

  4. Un exemple de plus d’une gouvernance perverse si bien expliquée par Marion Saint Michel ! Des mesures prises en apparence pour le bien des français, dont les dirigeants nous ont suffisamment démontré depuis 9 ans qu’ils n’en ont rien à faire , pour mieux en fait leur faire les poches ! Comme leur fichage numérique à venir sous prétexte de protéger les jeunes !

  5. Du fait de l’américanisation, l’obesité est devenue un problème de santé publique en France.
    Le coût total de la prise en charge de l’obésité et de ses complications pour la collectivité est considérable. Diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires, surpoids, chirurgie, remboursement des médicaments, remboursement de consultations, remboursement de consultations de spécialistes, sans oublier les arrêts de travail et les aménagements de véhicules.
    Le surpoids a toujours existé en France mais c’est un phénomène qui a pris de l’ampleur du fait de l’américanisation, c’est parfaitement identifié : sucre, graisses, sauces, friture, boissons gazeuses et tout cela chez certain, à tous les repas. Combien de familles ont systématiquement le ketchup et la mayonnaise posés sur la table à côté d’une bouteille de coca et ce, quel que soit le menu.
    Pour le goûter des enfants ce ne sera pas du pain et un bout de chocolat ce sera systématiquement un gâteau acheté de supermarché, bourré de sucre.
    Il y a des enfants qui sont désemparés quand il comprennent qu’il n’y aura pas de ketchup ou de nutella dont la présence à table est pour eux naturelle comme celle de la fourchette (ils sont d’ailleurs habillés comme des petits américains)
    Puisque c’est un problème de santé publique, il est normal que le gouvernement s’en occupe et oui il est normal que ce qui entraîne l’obésité coûte plus cher.

  6. Déjà commencer par ne plus prendre le fameux « jus d’orange » au petit déjeuner, celui-ci étant souvent accompagné des fameuses « céréales » qui saturent en glucides l’organisme à jeun et donne le « coup de pompe » de onze heures qui est souvent, à son tour, compensé par d’autres produits sucrés… Le cercle vicieux!… Il faut tout revoir et donner plutôt aux enfants (et grands) pour le goûter ou le « petit creux », un fruit (pomme, une banane etc…) Les mauvaises habitudes alimentaires américaines ont gagné la France, avec en prime, l’obésité et le diabète…

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