Taxe sur les colis puis malus financier sur la fast fashion. Qui va payer ?

Spécifique à la France, le malus, entré en vigueur le 1er septembre, vise les produits de la mode ultra-éphémère.
Photo de Fujiphilmsur Unsplash
Photo de Fujiphilmsur Unsplash

Début juillet est entrée en vigueur une taxation de 3 euros sur les petits colis importés en Europe. S’y ajoute, depuis ce lundi 1er septembre, un « malus financier » sur chaque produit issu de la fast fashion, cette mode ultra éphémère qui nous vient de Chine. Destiné à augmenter chaque année, ce malus pourrait atteindre, en 2030, 17,50 euros pour un jean et 19,50 euros pour un manteau ou une veste.

La consommation serait l’alpha et l’oméga d’une vie réussie

Le temps est bien loin où la gauche vilipendait la société de consommation. Loin de dénoncer l’aliénation du peuple par le marché et le « grand kapital », elle nous explique aujourd’hui que la consommation est l’alpha et l’oméga d’une vie réussie. Ainsi, la députée européenne Manon Aubry (LFI), invitée lundi matin de Laurence Ferrari, sur Europe1, assenait comme une vérité d’évidence : « La croissance économique, aujourd’hui, repose en grande partie sur la consommation populaire. Pour que la consommation populaire puisse fonctionner, il faut de l’emploi, des salaires et des capacités. » Ce qui justifiait qu’elle traitât les milliardaires de « nuisibles ». Et d’annoncer : « En 2027, nous ferons en sorte que cette concentration indécente des richesses qui se fait sur le dos des travailleurs se terminera, notamment avec un héritage maximum à 12 millions d’euros », etc.

À comprendre, donc, qu’il faut rendre l’argent au peuple pour qu’il le dépense à loisir dans les temples de la consommation. Ce qu’il fait abondamment. Bien moins, hélas, chez nos commerçants hexagonaux que sur les plates-formes d’achat en ligne, les Shein, Temu, AliExpress et consorts.

Les chiffres sont si ahurissants que Bruxelles a mis en place, depuis le 1er juillet, une taxe de 3 euros sur les petits colis importés dans l’UE. On apprend que l’an passé, en 2025, ce sont près de 5,9 milliards de petits colis qui sont entrés sur le marché européen, dont 93 % provenaient de Chine. C’est quatre fois plus qu’en 2022. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a assuré, le 27 août, que cette mesure aurait déjà permis de faire chuter les importations de 30 à 40 %... à moins que ce ne soit l’effet des vacances et de la canicule ? Il semble, en effet, difficile d’établir un bilan sur deux mois, mais bon… il faut bien justifier la mesure qui entre en vigueur en ce jour de rentrée scolaire.

Une affaire d’éducation

Spécifique, cette fois, à la France, le malus entré en vigueur le 1er septembre vise (en principe) les produits de la mode ultra éphémère. Reste que le gouvernement « refuse de "discriminer" en citant telle ou telle plate-forme », nous dit Le Parisien, mais « c’est bien les Shein, Temu et autres AliExpress qui sont visés à ce jour, et non pas Zara, H&M, Primark ou Kiabi ». C’est l’étendue des références mises sur le marché chaque année – ce qu’on nomme « la largeur de gamme » – dans les catégories Femme, Homme, Enfant, Bébé ou Sous-vêtement qui fait la différence. À titre d’exemple, « si Kiabi fait état de 17.400 nouvelles références par an, la plate-forme Shein en propose 1,7 million », souligne le cabinet de Serge Papin, ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat.

À ce critère s’ajoute le malus écologique : ces articles aux prix minimalistes sont souvent considérés par leurs acheteurs comme « jetables ». C’est là où l’on voit la limite du « bonus réparation » mis en place par le gouvernement en 2023, dispositif qui propose de prendre en charge le ressemelage de vos chaussures, le changement de votre fermeture de jean ou de l’agrafe de votre soutien-gorge. Reste qu’il faut être bien naïf, ou aveugle, pour croire que la réparation des vêtements est un souci courant dans la population ; c’est au contraire, hélas, totalement étranger aux préoccupations de la plupart des jeunes qui préfèrent marcher sur leurs bas de pantalon ou de robe plutôt que faire un ourlet. Un mot même méconnu de la plupart d’entre eux. Il en va de cela comme de la cuisine à la maison : c’est une affaire d’éducation.

Destiné, donc, à augmenter chaque année, le malus (publié au Journal officiel) est aujourd’hui de 0,50 euro sur un slip ou une paire de chaussettes, 6 euros sur une chemise, 9 euros sur un jean… La limite (car il y en a une) est que cette surtaxe ne pourra pas dépasser 50 % du prix de vente hors taxe de l’article. Reste, alors, la question essentielle : qui va payer ? Les marques et seulement elles, ou bien les clients sur qui ce malus va être répercuté ?

Quand on trouve normal d’acheter quelques euros un vêtement confectionné dans des conditions indignes à l’autre bout de la planète, vêtement qu’on ne portera souvent que quelques fois, 1 ou 2 euros de plus sur le ticket sont-ils dissuasifs ? Dans notre monde où l’on explique au peuple que la consommation est un droit existentiel, il est à craindre que non.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

41 commentaires

  1. Cette taxe interroge sur la confidentialité des achats.
    Par ailleurs, les salauds de pauvres qui ont des salaires indécents et sont loin de surconsommer des vêtements quoi qu’on en dise, doivent absolument être pénalisés une fois de plus.
    Je le sais parce que j’ai le cas dans mes relations d’une femme qui élève seule ses enfants et dont le salaire ne lui permet pas de vivre sur un grand pied ni de partir en vacances, comme ceux qui nous font la leçon

  2. C’est juste un moyen détourné pour prendre encore de l’argent dans le porte-monnaie des français. Point barre.
    C’est tout ce que cette technocratie sait faire, créer des subterfuges pour récupérer de l’argent par tous les moyens sous couvert de bien-pensance. C’est à l’image du passage de la vitesse de 90 à 80 km/h.

  3. Le lobbying et les larmes de crocodile des discounts des solderies de la plupart des marques de vêtements et de chaussures et autres grandes surfaces ont encore fonctionné : taxer les petits colis, pas les millions de conteneurs qu’ils importent chaque année des mêmes endroits du monde, il suffit pourtant de lire les étiquettes pour s’en rendre compte. Pour eux le profit, aucune contrainte pour la concurrence déloyale, pas de taxes sur les contenants, c’est une arnaque en bonne et due forme afin d’empêcher les Français les plus démunis de faire quelques économies, c’est vrai qu’ils en ont pas vraiment besoin. On peut s’en émouvoir, mais ce sont bien ces distributeurs-là qui ont laminé notre industrie nationale dès que la Chine, L’Inde, le Pakistan, avant eux une partie de l’Afrique du Nord, leur ont ouvert leurs ateliers et surtout leur main-d’œuvre à très bas coût, au détriment des nôtres, à la recherche de toujours plus de marges et d’ouverture d’enseignes plus luxueuses les unes que les autres dans des centres commerciaux ou des centres-villes aux loyers prohibitifs.

  4. Les chinois sont capables du pire comme du meilleur. Quand il y a une demande de bon marché il en font. Quand la clientèle veut du haut de gamme ils savent faire aussi.
    Quand on voit les piètres résultats de fiabilité des voitures françaises on ne s’étonne pas des performances commerciales des fabricants asiatiques.
    Il faut de tout pour toutes les bourses et tirer la qualité de force vers le haut risque d’écarter certains de la consommation.

  5. Comme c’est curieux : les ESCROLOGISTES ne parlent JAMAIS de cette pollution
    j’aimerais une taxe de 10 euros au moins pour chaque colis, mais pour ça il faut du courage
    On peut faire de super affaires, avec de la qualité en seconde main

  6. C’est de l’escroquerie à grande échelle commise légalement par le gouvernement. Ce sont toujours les petites gens, sans gros moyens, qui vont en faire les frais. C’est bien fait pour nous!

  7. On ne peut vouloir tout et son contraire . Taxer les produits chinois de mauvaise qualité pour protéger l’économie européenne… et la planète … aurait dû être décidé depuis longtemps et ça aurait été fait si ça n’était pas contraire aux intérêts allemands aujourd’hui bousculés en Europe et en Chine.

    • Ne succombez pas au lexique gouvernemental et des pleureuses multinationales importatrices de l’industrie de la distribution et de l’habillement qui plombent notre balance commerciale et qui ont laminé nos fabrications. Vous semblez ne jamais lire les étiquettes sur la plupart des produits vendus en magasin. À part quelques marques françaises qui résistent, souvent plus chères, et c’est bien normal vu ce qu’on leur fait subir en termes de taxes, d’impôts, et de normes et de coûts de main-d’œuvre, il ne nous reste rien ou presque.

  8. Taxer, encore taxer, toujours taxer. Spécialité bien française depuis 50 ans. Vivement 2027 qu’on en finisse avec cet ogre administratif.

  9. J’achète très peu de vêtements, n’ayant pas trop d’argent et pas sur ces sites, juste sur DAXON, et ce ne sont pas des achats coups de cœur et caprice mais réelle nécessité
    Je constate qu’ils ont trouvé un moyen de plus pour nous taxer, comme d’habitude, même si je ne suis pas concernée, je le déplore

  10. le but inavoué est bien sûr de se remplir les poches non pas faire baisser les importations.
    Vivement la fin de la macronie et le FREXIT !

    • Ils veulent baisser les importations mais pour l’alimentaire pour le mercosur dont nous ne voulons pas, nous allons et mangeons d’ailleurs déjà des produits d’Amérique du sud mais aussi Australie, Nouvelle Zélande, ça va être l’Inde aussi je suppose …

  11. La France et l’UE des escrocs de la pire espèce. J’avais un appareil à réparer certes peu utilisé mais bon, c’était un ensemble de petites pièces pour quelques Euros + taxes par pièce! je n’ai pas à engraisser tous ces salopards de fainéants. J’ai cherché en France pièces introuvables sauf chez 1 vendeur, prix multiplié par 100 ! peu utilisé l’appareil est passé à la poubelle. Tous ces politiques ce ramassis de fainéants j’en connais quelques uns pour les traiter de fainéants, d’incompétents et d’irresponsables n’ont qu’un objectif taxer, piller et contraindre la population pour leurs seuls intérêts qu’ils sient de gauchee ou de droite.

  12. Cette histoire de taxes française et européenne est d’un risible , les chinois vont faire comme Amazon , construire des dépôts ou arriverons en masse les produits , étant déjà sur le sol Européen , les taxes sautent, sans parler de plaintes auprès de l’OMC contre la France et l’Europe, sans parler des mesures de rétorsion de la Chine contre nos exportations.
    De plus c’est d’une hypocrisie puisque la majeurs partie des produits que l’on trouvent en boutiques viennent de Chine , d’Inde, du Pakistan, Maroc, Tunisie; c’est juste une affaire de gros sous qui est défendu par les grosses entreprises qui voient leurs bénéfices diminuer ; par contre rien n’est fait pour les ateliers clandestins en France ou sont fabriquer les vêtements qui avant étaient fait dans le sentier et pour la « maroquinerie » dans des appartements transformer en atelier.
    Rien n’est fait également pour diminuer les contraintes administratives, fiscal qui plombe totalement les industries en France , c’est pour cela que toutes les ateliers de confections ont soit disparues soit délocaliser a l’étranger ; cela a une incidence sur le prix de vente en boutique.
    Nos politiques ne connaissent que la taxation pour résoudre les problèmes de finance au lieu de mettre en place des programmes de rigueurs budgétaire strict, notamment en arrêtant de donner des finances a des états étranger.

  13. La différence entre les Shein, Temu, AliExpress et Zara, H&M, Primark ou Kiabi c’est que ces derniers ont des magasins. Ce qui fait que leurs prix sont bien plus cher que Shein, Temu, et autres AliExpress !!
    Et pourtant ils vendent la même chose !

  14. Ca ne sert à rien de récriminer contre ça … ni de s’offusquer, les jeux sont fait là haut … on s’est collé dans une europe de crétins et de voyous, les français ont ce qu’ils méritent … bref ! vivre pour soi et arrêter de se bouffer la vie pour les autres … ne pas gaspiller son énergie à réagir contre ça puisque de toute façon, on ne peut rien y faire …

  15. Impots ! Taxes ! c’est la France du Macronisme , vite 2027 que l’on revienne a une France normale , vite le RN au pouvoire !!!!!!

Les commentaires sont fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Yves-Marie Sévillia et Boulevard Voltaire ⇦

L’assimilation fonctionne très bien, mais pas dans le sens attendu

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois