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C’est le sujet qui met mal à l’aise, qui débecte, qu’on n’aborde qu’entre femmes : les menstruations. Cachons ce sang que l’on ne saurait voir ! Les protections périodiques ont libéré la gent féminine d’un fardeau, mais elles ont un prix. Et une TVA de 20 %, que le collectif Georgette Sand aurait souhaité voir ramenée à 5,5 %. Mais les politiques s’en tamponnent : ils ont rejeté la proposition, à une voix près, dans un hémicycle presque vide pendant la nuit du 14 au 15 octobre. Motif ? La mesure était évaluée à au moins 55 millions d’euros ; et en ces temps de disette budgétaire, chaque centime compte.

Peu sensible aux arguments de la présidente de la délégation aux droit des femmes, Catherine Coutelle, qui assimilait serviettes et tampons à des produits de première nécessité, le secrétaire d’État au Budget Christian Eckert a objecté que la mousse à raser était, elle aussi, taxée à 20 %. On fera remarquer à ce dernier qu’entre ces deux exemples, la notion de « nécessité » n’est pas tout à fait la même. On estime que les 14,7 millions de Françaises concernées devront débourser en moyenne 1.500 euros durant leur vie dans l’achat de protections périodiques. Elles n’ont pas le choix.

Qu’est-ce qu’un produit de première nécessité ? Voilà une question vitale par essence, sur laquelle les élus seraient bien avisés de se pencher. Comme les protections périodiques, les couches, le savon, les brosses à dents et la majeure partie des produits d’hygiène sont affublés d’une TVA de 20 %, tandis que les capotes, les billets de spectacle vivant, de cinéma et de rencontres sportives, les livres, le chocolat , les boissons non alcooliques et les denrées alimentaires bénéficient de la TVA à 5,5 %. Dans un pays en qui totalise huit millions de citoyens vivant sous le seuil de (c’est-à-dire avec moins de 977 euros par mois), un gouvernement qui se prétend de gauche pourrait avoir la bonne idée de remettre à plat la TVA et de déterminer plus judicieusement la notion de « nécessité ». L’injustice fiscale se loge aussi – surtout ? – dans les Caddies de supermarché.

Taxe rose : c’est le nom attribué à la surtaxe des biens de consommation destinés aux femmes, alors que leur salaire est inférieur de 24 % à celui des hommes. Le site womantax.tumblr.com s’est amusé, si l’on peut dire, à comparer et répertorier des produits identiques, tels que des briquets, des calculatrices ou des doudounes, commercialisés en version pour hommes ou femmes (ceux-ci étant généralement rose bonbon ou bardés d’un packaging tartignole). Le résultat est sans appel, la différence de prix est souvent significative… même pour les médicaments : une célèbre marque d’ibuprofène propose une déclinaison féminisée de ses cachets, à la composition en tout point équivalente ; seuls changent la couleur de la boîte et le tarif, plus élevé de 60 centimes. Du marketing dans les règles de l’. Les douleurs menstruelles aussi, ça rapporte.

http://dai.ly/xuomz

16 octobre 2015

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