Derrière le débat sur la tauromachie provoqué par la mort de Víctor Barrio, c’est la cause animale qui est la vraie question. Parce qu’il y a une « cause animale », comme il y a la cause des peuples opprimés, la cause des femmes, la cause des minorités, la cause des mal-logés, etc. Nous sommes à une époque de causes, et à chacun la sienne. Rassurez-vous : si un hérisson croise ma route lorsque je suis en automobile, je l’évite ; et comme je suis un être sensible, je n’apprécie pas de voir des bœufs se faire égorger dans les abattoirs, même si je le crois nécessaire, parce que j’apprécie de manger de la viande. En revanche, je préfère les voir se battre contre un toréro dans l’arène. Je crois que la mort du taureau au combat ennoblit l’animal, même si c’est de l’anthropomorphisme.

L’Homme est omnivore. Mais le végétarisme est à la mode, et même le « végétalisme ». Il y a un côté qui m’a toujours ennuyé chez les défenseurs acharnés de la cause animale, c’est qu’ils agissent comme si l’Homme devait être le seul être vivant honteux de devoir tuer pour se nourrir. Les plus fanatiques condamnent même l’élevage, alors que c’est précisément grâce à l’élevage que nous sauvegardons certaines espèces d’animaux. C’est parce qu’il y a des amateurs de viande de cheval que le cheval de trait a subsisté.

Chez beaucoup de prétendus défenseurs des animaux, je déplore une animosité envers le genre humain, comme si une rancune justifiait leur anthropomorphisme. Il est sûrement moins risqué d’aimer les bêtes que les hommes. Il est vrai qu’un chien ne trahit pas. Il apparaît, depuis quelques années, un mouvement qui va bien au-delà de la défense des animaux : il s’agit de « l’antispécisme », dont un des chantres médiatiques est Aymeric Caron. Ce mouvement affirme que l’espèce à laquelle appartient un être n’est pas un critère pertinent pour décider de la manière dont on doit le traiter et des droits qu’on doit lui accorder. Autrement dit, ce mouvement ne fait pas de différence de considération entre l’espèce animale et l’espèce humaine.

Pour les antispécistes, l’Homme est un animal comme les autres. Évidemment, l’antispéciste s’oppose habilement au « spéciste » comme l’antiraciste s’oppose au raciste… Le spécisme est un dominateur puisqu’il place l’Homme au-dessus de l’animal pour l’exploiter. Ce mouvement antispéciste n’est pas anodin. Il participe à la propagation du relativisme et d’une pensée délétère qui tend à rabaisser l’Homme au rang d’animal, et à force de vouloir traiter les animaux comme des humains, on finira par traiter les humains comme des bêtes. C’est déjà le cas lorsque l’on pique les malades.

Si l’animal est un être vivant respectable que l’on ne doit pas faire souffrir inutilement, il n’est pas pour autant notre égal. Dans notre société qui ne supporte plus la mort, la tauromachie reste un des derniers bastions où l’Homme et l’animal se confrontent au réel.

14 juillet 2016

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