Editoriaux - 20 mars 2013

Taubira contrôlée au faciès ?

C’était samedi soir et la semaine avait été rude pour la garde des Sceaux. Elle se souvint qu’elle était femme et décida, pour se détendre, d’aller en boîte. Au « Nid créole », un endroit chaud et animé, situé, comme il se doit, dans un quartier populaire, rue Pelleport, dans le XXe.

Elle s’habilla pour la circonstance : foulard et robe en madras. Sur la piste de danse, elle fit merveille, enchaînant salsa, zouk et reggae. Son corps souple et toujours jeune ondulait, suscitant les regards jaloux des adolescentes martiniquaises, guadeloupéennes et guyanaises. Vers 2 heures du matin, épuisée et heureuse, la garde des Sceaux sortit de la boîte.

Elle avait un peu forcé sur le punch et fredonnait une chanson de son enfance : « Quand moi faim, moi malin / moi manger banane / zim boum boum zim boum boum / rendez-moi ma Guyane et ma Martinique. » Un policier (il y en a là-bas car, dans le XXe, ça craint un peu) l’interpella : « Vos papiers, madame, s’il vous plaît. » Il était plutôt mignon et, guillerette, Christiane Taubira lui sourit. « Eh bien, mon doudou, tu veux me raccompagner chez moi ? Et, s’il te plaît, appelle-moi mademoiselle. » L’affreux sbire de M. Valls ricana, faisant fi de toute galanterie, et répéta d’un air buté : « Vos papiers, madame, s’il vous plaît. »

Subitement dégrisée, Christiane Taubira se mit en colère : « Et pourquoi donc ? » « Parce que dans votre tenue, et dans votre état, vous n’avez rien à faire dans la rue ! » La garde des Sceaux le prit de haut : « Ah, c’est parce que je suis noire ? Si vous voulez mes papiers, alors donnez-moi un récépissé pour que je sache à qui j’ai affaire. » Le policier, têtu et borné, lui fit savoir que son ministre, M. Valls, avait formellement proscrit ce bout de papier. Et devant son refus d’obtempérer, il la traîna au commissariat. Là-bas, elle déclina dédaigneusement son identité. Les policiers, de blancs devinrent blêmes. Des faces de craie.

Le lendemain, Christiane Taubira fit irruption dans le bureau de Manuel Valls. Rien n’est pire que la colère d’une femme outragée. Une tornade tropicale. Mais Valls tint bon et lui proposa de régler l’incident en tête-à-tête. Un duel au petit matin. « Lâche, hurla Christiane Taubira, tu veux te battre contre une femme ? » Le ministre de l’Intérieur dut convenir qu’il avait fait preuve du machisme le plus exécrable. Et on se mit d’accord pour une confrontation globale, à la loyale, entre les magistrats de l’une et les policiers de l’autre. La bataille eut lieu sur l’esplanade des Invalides. Ce fut un massacre. Des centaines de corps de magistrats et magistrates gisaient sur le sol, assommés par les brutes de M. Valls. De son tombeau, sous le dôme des Invalides, Napoléon, qui en avait pourtant vu d’autres, soupira : « Quel carnage ! »

Christiane Taubira sanglotait. Manuel Valls eut pitié d’elle : « Viens, je vais te raccompagner. » Et, s’appuyant sur l’épaule de son adversaire et néanmoins ami, la garde des Sceaux traversa la Seine en chantant les dernières paroles de la mélodie de son enfance. « Quand moi triste, moi malin / moi pleurer grosses larmes / zim boum boum, zim boum boum, zim boum / rendez-moi ma Guyane et ma Martinique. »

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