S'asseoir devant une émission du service public est toujours un effort, voire un risque, tant on sait désormais qu'on y sera soumis aux morales incantatoires de ses valets programmatiques. Il est de plus en plus illusoire d'envisager des émissions pour elles-mêmes, et il faut avouer que 2 a su développer une expérience toute particulière dans ce domaine. C'est ainsi qu'en relançant "Taratata", 2 aura veillé à y apposer sa bienveillante pâte idéologique.

L'émission, une des rares qui eût donné un sens au service public audiovisuel (bien plus, en tout cas, qu'une nouvelle chaîne d'information en continu), avait été repêchée après deux ans d'absence, suite à de nombreux plébiscites. Elle avait le mérite de montrer des chanteurs qui chantent, des musiciens qui jouent, et un certain éclectisme malgré la difficulté de se soustraire aux exigences du marketing musical. Elle poussait, aussi, certains artistes à sortir des formats calibrés pour ouvrir la voie à de nouvelles interprétations de leurs chansons, bonnes ou mauvaises.

Mais la chaîne fait feu de tout bois et tend à tolériser tout ce qu'elle touche. La reprise de l'émission ce 29 octobre, filmée au Zénith de Paris, aime copier les recettes de , dans une rivalité mimétique tendant à faire hurler les foules, scintiller les spots et surjouer l'ambiance. Robe édulcorée s'il en est au service d'une tâche ardue des médias visant l'adhésion du spectateur à ses thèses multiculturelles et à ses chantres de l’immigrationnisme béat - actualité oblige. Cela valut une sélection d'artistes de toutes les couleurs (pourquoi pas), de divers styles (plus ou moins heureux) pour un message on ne peut plus monocorde. Nagui, poussif et dégoulinant, tendit à assener le message pour enfants de 4 ans à chaque transition, et à faire dire à chaque artiste ce qu'il nous faut penser, pour lui garantir sa promotion du moment. L'éclectisme laisse place à "la diversité" ; la subversion du parolier laisse place au gnangnan du divertisseur ; la ritournelle du chansonnier se noie dans les arrangements, excellents toutefois (pour sublimer la sempiternelle ronde lam-fa-do-sol). Tout n'est pas mauvais, tout n'est pas bon et, en ce sens, on nous dira que c'est cela, "Taratata".

Pourtant, de la même manière qu'on ne sait plus contempler la nature sans se flageller, victime de la moralisation environnementale ambiante (le traumatisme du film Océans est, chez moi, encore très puissant), peut-on encore plonger dans un morceau sans un concert de nobles pensées ? Nous voilà rassurés : 2 garantit que tout artiste de "Taratata" aura vu son message estampillé conforme, le tout surplombé d'un "NF" (normes françaises) qui nous autorise à l'écouter. Amen.

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31 octobre 2016

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