Taisez-vous, Elkabbach !

Le troisième débat de la dernière production de télé-réalité à la mode, en l’occurrence la primaire de la droite et du centre, vient de s’achever, le silence va s’installer jusqu’à l’isoloir et on nous a montré ce que l’on voulait bien nous montrer.

Un temps, la peste cathodique Léa Salamé a été pressentie mais finalement jugée inappropriée, le duo qu’elle forme avec Pujadas qualifié de fort peu catholique pour être reconduit.

Alors, on a sorti les crocodiles, voire les éléphants et, à côté d’un inconnu et de Nathalie Saint-Cricq, on nous a gratifiés de sa majesté Elkabbach himself.

Monsieur Elkabbach a cette particularité d’avoir, sinon formé, du moins formaté une génération complète de journaleux dont les questions sont déjà des réponses – en l’occurrence celles qu’ils souhaitent – et dont l’art consiste, dès lors, à empêcher leur interlocuteur de répondre, de parler et, à plus forte raison, de penser…

On se remémorera le sémillant Georges Marchais, dont les amis applaudissent l’intervention en 1980, qui subit cette remarque de monsieur ElKabbach : “Nous ne sommes pas au music-hall !” C’est compris, ce n’est pas vous, Messieurs, qui faites le spectacle, c’est nous autres, journalistes, un point c’est tout !

Quant à la fameuse tirade “Taisez-vous, Elkabbach”, on la doit en fait à Thierry Le Luron, par Bernard Mabille interposé, ce qui est un assez bon résumé du combat du vieux Georges avec sa majesté.

Pendant presque un demi-siècle, nos hommes politiques lissés n’ont eu de cesse de s’aplatir et de développer des facultés de communication plutôt que de réflexion, se prenant des coups, les esquivant, au gré du bon vouloir des chroniqueurs qui décident, en bons organisateurs, et sans répondant en face.

La palme de l’abjection est pour madame Elkrieff qui, empêchant Jean-Frédéric Poisson de parler de son entrevue avec monsieur el-Assad, a expliqué qu’étant donné qu’il a du sang sur les mains, il ne fallait surtout pas le rencontrer. Accessit spécial à monsieur Elkabbach, qui nous l’a rappelé hier soir. Madame Elkrieff serait bien avisée de se souvenir que le consul Nordling, l’industriel Schindler, sir Winton n’ont pu sauver des centaines de vies qu’au prix de négociations avec des gens fort peu fréquentables. À force de vivre dans la télé-réalité, on oublie la réalité !

Pourtant, quels souvenirs ces débats avec Georges Marchais, André Lajoinie, Jean-marie Le Pen, Jean-Claude Martinez, les émissions où les cendriers volaient et les noms d’oiseau pleuvaient… Mais que cette époque est loin par rapport à la douce France du politiquement correct, du prêt-à-penser, du vivre ensemble et de l’identité heureuse !

Mais voilà que l’ordre établi se fissure… Le très lisse François Fillon se met à protester en pleine émission des conditions dans lesquelles ce débat se passe… Le cave se rebiffe ! À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire et il ne fait que poursuivre la voie ouverte la veille par Jean-Frédéric Poisson dans une émission tardive à une heure de faible écoute…

On doutera un peu de la sincérité du dernier – beaucoup moins du premier –, dont les communicants ont du passer la journée à lui préparer le scénario du clash spontané. Cela rappelle Thierry Le Luron singeant Mitterrand et se trompant de discours au moment de l’élection…

Peu de surprises, un cadre lissé. Les Français, à l’issue de cette campagne, seront-ils trompés ou trumpés ?

Sortez de la télé-réalité. Parfois, deux euros, ça n’y vaut que 30 deniers !

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