Editoriaux - Médias - Table - 19 janvier 2013

Syrie : Tariq Ramadan et BHL d’accord !

Il y a parfois d’excellentes choses sur Boulevard Voltaire (la preuve : j’y collabore…). Il en est ainsi de l’interview de Tariq Ramadan, homme fin, cultivé et dont la pensée est aussi sincère que les arabesques sont droites. Les médias ne donnent pas souvent la parole à ce théologien. C’est regrettable. Car lui, et lui seul, est à même de nous expliquer ce qu’est vraiment la charia.

C’est, nous dit-il, une déviance scandaleuse de l’islam quand elle est appliquée par les djidahistes du Nord-Mali. Seul un esprit torve et retors comme le mien pourrait insinuer que les images d’amputation largement diffusées en France, où M. Ramadan fait la promotion de l’islam, sont pour quelque chose dans cette belle condamnation.

À l’écouter, la charia en effet, c’est comme le cholestérol dont on sait qu’il y a le bon et le mauvais. Celle qui régit les âmes et les corps en Arabie Saoudite est mauvaise. Tariq Ramadan hait la monarchie saoudienne, alliée des infidèles américains. La charia qui se pratique allégrement dans les zones tribales du Pakistan et dans les régions tenues par les talibans en Afghanistan est bonne. Elle est en effet une arme purificatrice contre la corruption occidentale. Avec Ramadan, c’est comme ça. Dans les écoles des Frères musulmans dont il est issu, Descartes ne figure pas au programme.

Plus surprenant (pour un esprit non averti) est l’appel de Tariq Ramadan à une intervention militaire en Syrie pour abattre le sanguinaire Bachar el-Assad. Il rejoint ainsi, curieusement, Bernard-Henri Lévy qui est allé à l’Élysée pour plaider la même cause. Sans succès jusqu’à maintenant. Mais si Hollande consent à recevoir M. Ramadan, qui sait…

Il y a toutefois une petite divergence entre le philosophe et le théologien. Ce dernier voudrait en effet qu’on intervienne aussi à Gaza (ce qui n’est manifestement pas une priorité pour BHL). L’armée égyptienne serait susceptible de faire l’affaire. Elle est là. Juste à côté. À n’en pas douter, M. Ramadan a dû demander à son ami Mohamed Morsi, Frère musulman comme lui. Et vu le résultat – c’est-à-dire rien – on peut tenir pour acquis que le président égyptien lui a répondu qu’il n’était pas fou.

Mais n’esquivons pas la seule question qui vaille. Qu’est-ce qui rapproche Tariq Ramadan et BHL ? Nous avons trouvé ! Frère Tariq est (il le rappelle dans l’interview) suisse. Frère Bernard-Henri est français. Or depuis la Révolution française, quand les sans-culottes ont fait trépasser quelques Gardes suisses, les deux pays vivent dans une paix harmonieuse. Ça crée des liens.

Pour ma part, je suis partagé. J’ai passé mon enfance dans la Confédération helvétique. J’y étais bien. Cela me ferait pencher du côté de Ramadan. Mais mon dernier livre a été publié chez Grasset, un éditeur où BHL fait la pluie et le beau temps. J’y suis quand même sensible. En même temps, et au risque de déplaire à frère Tariq et à frère Bernard-Henri, je n’ai pas la moindre envie que nous allions en Syrie.

Alors, que faire ? La solution m’est venue, encore et toujours, de Boulevard Voltaire. Nicolas Gauthier suggère que nous allions bombarder Riyad. Oui, oui, oui ! Ne sachant pas piloter et ayant passé l’âge d’apprendre à le faire, j’adhère avec enthousiasme. Quelle belle idée ! On pourrait d’ailleurs l’améliorer, en pilonnant La Mecque au moment où des millions de pèlerins y sont réunis. Bombardons aussi le Koweït, le Qatar, Bahreïn, Abu Dhabi, gorgés de pétrole et de dollars dont ils se servent pour financer les islamistes. Et aussi l’Iran, gavée pareillement de pétrole qu’il utilise pour financer d’autres islamistes. Ah non, pas Téhéran ! Car il en est du pétrole iranien comme du cholestérol et de la charia, c’est du bon pétrole.

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