Editoriaux - Histoire - 29 septembre 2015

La Syrie… et la solution miracle

D’accord ! Bachar al-Assad est un tyran sanguinaire. D’accord ! On ne peut pas le soutenir d’autant qu’il a fait le lit de Daech. D’accord ! Ce serait plus efficace, pourtant, d’oublier ce qu’il est et de fermer les yeux car l’urgence, c’est d’en finir très vite avec le terrorisme islamique. Oui ! C’est vrai, il est l’ami du président Poutine. Oui ! C’est vrai, le président Poutine ne le laissera jamais tomber, rien que pour importuner les Occidentaux qui l’ont bien importuné, lui, avec l’Ukraine. L’Ukraine ! “Bon Dieu ! Mais c’est bien sûr !”, comme l’aurait dit le regretté Raymond Souplex. La voilà, la solution !

Il suffirait de dire au président Poutine qu’on arrête tout de suite les sanctions (qui, ceci dit en passant, ont été plus négatives pour nous que pour lui, mais bien sûr, on n’insistera pas trop là-dessus avec lui) sans oublier de lui demander qu’il cesse les siennes. Puis, on ajouterait dans le creux de son oreille qu’on sera maintenant beaucoup moins regardant avec ce qu’il manigance dans ce coin d’Europe dont tout le monde à l’Ouest, mis à part quelques illuminés, se moque éperdument. Et on conclut – cerise sur le gâteau – que la Crimée a toujours été une terre vraiment russe depuis son annexion en 1783 par la grande Catherine. Enfin, on forme tous ensemble une coalition armée contre Daech, qu’on affronte cette fois sur le terrain.

En contrepartie alors, le président Poutine nous promet, une fois la tâche accomplie, que Bachar el-Assad restera en place, mais seulement pour une période qu’on définira d’un commun accord, une période transitoire, en quelque sorte, qui permettra l’installation d’un gouvernement d’union nationale placé sous l’égide de la Russie, de la France et des États-Unis, mais aussi de l’Iran et de la Turquie.

Ceci permettra également de sauver la face de Bachar puisqu’il conservera un temps son pouvoir tout en flattant le président Poutine qui pourra s’enorgueillir d’avoir eu le premier rôle dans toute cette affaire. Cette stratégie aura, en outre, l’avantage de sauver la face de la France et des États-Unis trop braqués aujourd’hui sur Bachar en offrant au président Poutine cette petite concession du maintien limité dudit Bachar au pouvoir. Bref, on s’entend, comme au temps de Sykes et Picot, mais pour une durée limitée et avec beaucoup plus de souplesse, à définir un protectorat provisoire sur la Syrie tout en respectant, bien sûr, la dignité des Syriens.

En revanche, et comme on n’a pas la mémoire de l’histoire trop courte, on fait en sorte que le très intelligent et très manœuvrier président Poutine ne nous refasse pas le coup de Staline qui avait promis, une fois l’Allemagne nazie abattue, d’organiser des élections libres dans les pays d’Europe de l’Est qu’il avait conquis. Promesse qu’il n’a jamais tenue, évidemment. Tout cela s’appelle la raison d’État ou, plutôt, dans le cas qui nous préoccupe, la raison des États…

Sans oublier qu’on pourra régler, par la même occasion, le problème des migrants en les invitant, avec la chaude compassion qu’on nous connaît, à rentrer chez eux, ce dont bien sûr, on peut être assuré qu’ils le feront, tant on les sait patriotes.

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