« Ce crime de trop appelle une riposte », titrait , avant-hier. Tous les crimes sont « de trop », mais on se tromperait si l’on inférait de ce titre vengeur que le grand quotidien du soir s’est rallié à l’idée qu’en droit commun tout crime appelle une sanction. Le crime visé par l’éditorial va-t-en-guerre de notre confrère moralement correct était naturellement l’attaque meurtrière au gaz qui a fait plusieurs centaines de victimes le 21 août dernier dans les faubourgs de Damas. Nul ne saurait plus ignorer que le recours aux armes chimiques constitue en effet un crime au regard des conventions internationales qui le proscrivent. Comme on ne saurait penser à tout, aucune convention internationale n’interdit ni le recours au , ni l’égorgement de ses adversaires, ni d’ailleurs la guerre, civile ou non. C’est une lacune que l’on comblera certainement un jour ou l’autre.

Revenons au crime perpétré sur le territoire syrien. Les États-Unis ayant donné le ton, il n’y a plus aucun doute pour tous ceux qui, de par le monde, ont réglé leur montre, leur conscience et leur politique sur l’heure américaine que Bachar el-Assad est l’auteur du massacre. Tant pis pour les commentateurs pointilleux qui, ici et là, observent que l’accusation fait fi de la présomption d’innocence, qu’un certain nombre de précédents qui sont encore dans tous les esprits devraient nous inciter à ne prendre qu’avec des pincettes les « preuves » made in , que la moindre des choses serait d’attendre les conclusions des enquêteurs dépêchés sur le terrain par l’ONU, et pour finir que seul le feu vert du Conseil de sécurité légitime une intervention armée dans les affaires d’un État souverain. Foin des réticences, des scrupules, du respect du droit. L’heure est à la « riposte ».

Une riposte est normalement la réponse de l’offensé à l’offenseur, de l’agressé à l’agresseur, de celui qui a subi un dommage à celui qui le lui a infligé. En droit commun, s’agît-il de légitime , il est stipulé que la riposte doit être proportionnée à l’attaque. Aurions-nous donc été attaqués, offensés ou lésés par le gouvernement syrien que nous devions « riposter » à l’action qu’il a peut-être menée dans le quartier rebelle de la Ghouta ?

Que les États-Unis, avec la bénédiction d’Israël, montrent leurs muscles et saisissent l’occasion de porter un coup à un État protégé par Moscou et par Téhéran, c’est leur politique, lourde de dangers dont ils prennent le risque. Que la Turquie, l’ et le fassent tout pour installer les sunnites aux commandes de la Syrie, quitte à financer, à encourager, à recruter, à entraîner les djihadistes, vipères qu’ils auront réchauffées dans leur sein, c’est leur choix, irresponsable mais délibéré.

Mais nous, nous la France, qu’allons-nous faire dans cette galère, qu’allons-nous mettre le doigt dans l’engrenage qui va nous happer peu à peu ? Sur quelles bases juridiques, sur quelles bases politiques, sur quel raisonnement cohérent? Depuis quand sommes-nous en guerre avec la Syrie ?

On avait cru comprendre, il y a neuf mois, lors de l’intervention française au Mali, menée dans l’urgence et la clarté, à l’appel du gouvernement de Bamako, avec l’aval de l’ONU et le soutien de l’opinion, que la France prenait rang à l’avant-garde des pays résolus à s’opposer aux infiltrations et aux empiètements du terrorisme islamiste. Les errements de notre diplomatie face aux révolutions et aux évolutions tunisienne puis égyptienne pouvaient être mis sur le compte de notre ignorance et de notre prudence. Mais en faisant cause commune avec les fous de Dieu qui mènent aujourd’hui le djihad contre Bachar el-Assad, nous sommes en pleine démence, et nous paierons tôt ou tard les conséquences de l’erreur tragique que nous allons commettre.

François Hollande a pris des airs de Jupiter tonnant pour annoncer au monde que « la France » avait décidé de « punir » la Syrie. La France n’a rien décidé du tout, et n’a aucunement les moyens d’un tel langage. Le gouvernement français ne se met en avant dans cette affaire, où les Français ne le suivent pas, que parce qu’il sait que ses arrières sont protégés par plus fort que lui. Ce n’est même pas la politique du chien crevé au fil de l’eau. Ce sont les gambades du caniche qui veut se faire bien voir de son maître, les aboiements du roquet qui à la première alerte se réfugira dans les jambes de son propriétaire. Comme quoi une politique imbécile peut aussi être une politique ridicule.

28 août 2013

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