Que le chef de l’État, chef des armées, réponde dans l’urgence à une agression contre le territoire national ou à la demande d’assistance d’un pays ami lui-même confronté à un danger mortel, ce n’est pas seulement son droit, mais son devoir, quitte à ce qu’il en rende compte dans les trois jours à la représentation nationale. La majorité, l’opposition et l’opinion, passé l’étonnement causé par la décision rapide, nette et courageuse de , n’ont d’ailleurs pas manqué d’approuver et même d’applaudir l’opération Serval, qui nous a amenés à intervenir au Mali pour y réparer les conséquences de notre opération en Libye. Le cas de figure syrien n’est pas du même ordre. La Syrie, que l’on sache, n’est pas une menace pour le monde. Ce serait plutôt le monde qui aurait une fâcheuse tendance à faire de la Syrie un champ de manœuvres pour ses règlements de comptes.

Or, nous ne sommes plus au temps des rois quand, pour un oui pour un non, sur un coup de colère ou sur un coup de dés, le premier despote venu, assoiffé de conquêtes et rêvant de grandeur, lançait ses armées sur le pays voisin. Jusqu’au milieu du XXe siècle, des militaires d’opérette et des dictateurs de tragédie – général Tapioca, caporal Hitler, général Alcazar, maréchal Staline, Mussolini ou Mao Tsé-Toung – ont prolongé de telles pratiques, que la fondation d’une organisation internationale couvrant la planète a rendues anachroniques et, de fait, incompatibles avec les principes de la démocratie.

À la suite de l’emploi massif et meurtrier d’armes chimiques, le 21 août dernier à Damas, dans des conditions qui ne sont pas encore élucidées, trois chefs d’État ou de gouvernement – et non des moindres – ont réagi dans la précipitation en annonçant leur décision conjointe de « punir » un quatrième chef d’État qu’ils tenaient pour seul coupable de ce « crime contre l’humanité ». Lequel a été commis dans le cadre d’une guerre civile atroce qu’est venue entretenir, aggraver et compliquer depuis deux ans et demi l’intervention avouée ou non d’innombrables acteurs extérieurs, dont un certain nombre, en l’occurrence, sont juges et parties.

Barack Obama, David Cameron et François Hollande savaient parfaitement qu’ils violaient ou que, pour le moins, ils contournaient la légalité internationale censée passer par l’ONU. Les trois hommes ont dû constater chemin faisant qu’ils allaient également, à l’intérieur de leurs propres pays, à l’encontre d’une opinion publique réticente, voire hostile. Aucun d’entre eux, faut-il le rappeler, n’avait pris, avant d’être élu, un tel engagement et n’avait donc reçu le mandat de rejoindre dans la guerre civile syrienne le parti de l’insurrection. Leur prise de position posait donc problème, du seul point de vue de la démocratie.

Dans ces conditions, David Cameron, le premier, s’est résolu, ou résigné, à soumettre sa politique à l’approbation de la Chambre des communes qui lui a répliqué par un non franc et massif. Barack Obama, à son tour, et contre toute attente, vient de lui emboîter le pas. Au Congrès de lui donner ou non le feu vert qui lui permettra de franchir la ligne rouge. Ce faisant, le président américain n’a pas seulement témoigné de ses troubles de conscience, mais obéi à un scrupule démocratique. Le peuple américain est hostile dans la proportion des trois quarts à une nouvelle aventure, après celle d’Irak, aux suites désastreuses, et celle d’Afghanistan qui s’achemine vers une fin calamiteuse. Il est las de porter ce « fardeau de l’homme blanc » que beaucoup voudraient lui voir déposer et de semer la mort sous prétexte de répandre la démocratie pour ne récolter que le ressentiment et la haine.

François Hollande reste donc seul en tête de la course à l’abîme, tout seul comme le grand qu’il n’est pas. La route des lauriers qu’il rêvait de ramasser pourrait bien lui être coupée. Persistera-t-il, contrairement à ses deux compères, à priver la représentation nationale de son droit de vote, alors même que tous les sondages confirment l’hostilité de la majorité des électeurs à sa politique ? Osera-t-il, après la leçon de démocratie que vient de nous donner Londres et avant celle que va nous donner Washington, passer en force ? Certes, la Ve République, à bien des égards, tient de la monarchie. Le locataire de l’Élysée devrait être le premier à se rappeler que cette monarchie est aussi constitutionnelle.

1 septembre 2013

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