Donc, si l’on se réfère au communiqué de guerre n° 1 du chef de l’État et commandant en chef des armées, des avions français ont totalement détruit un camp d’entraînement de Daech (que M. Hollande, on ne sait pourquoi, s’obstine à prononcer « Dash ») à proximité de la ville de Deir-ez-Zor, cette ville, encerclée et assiégée depuis deux ans par les forces du prétendu État islamique, qui se trouve aussi être l’un des principaux points de regroupement des djihadistes de nationalité française et d’obédience salafiste. Et cela « en toute autonomie et en simple coordination avec nos partenaires dans la région », ce qui, traduit de la langue de bois, signifie bien sûr après avoir reçu le feu de vert du commandement nord-américain et informé les autorités syriennes… On revient de loin, de très loin.
Brutalement passé du statut d’invité d’honneur de la revue du 14 juillet 2008 dont il avait été le plus remarqué et le plus inattendu des ornements à celui d’ennemi public n°1, Bachar el-Assad était il y a quelques mois encore le dictateur sanguinaire, massacreur de son propre peuple, dont notre diplomatie, conduite de main de maître par Laurent Fabius, avait juré d’avoir la peau pour en faire une descente de lit que le président de la République aurait plaisir à fouler aux pieds chaque matin.
Ce n’est, rappelons-le, que grâce à l’heureuse prudence de Barack Obama, dont il est difficile de dire ce qu’elle doit à la pusillanimité et ce qu’elle doit à la sagesse, qu’a été évité de justesse et au dernier moment le bombardement de Damas par les aviations conjointes des États-Unis et de la France. Frustré d’avoir dû renoncer à cette brillante idée, du moins le président de la République avait-il alors annoncé haut et fort qu’en tout cas, le départ de Bachar et la chute de son régime étaient le préalable incontournable de tout retour à la paix. Plus tard, il avait dû admettre qu’il n’était pas envisageable d’exclure des négociations les piliers du régime baassiste, mais il s’accrochait à l’idée que l’on pourrait traiter avec ses représentants sans y associer leur chef…
Les mois puis les années passant, une première évidence a fini par pénétrer des dirigeants politiques qui semblaient postuler pour le titre des plus bêtes du monde : Bachar n’était ni aussi seul à l’intérieur de son propre pays, ni aussi isolé par rapport au reste du monde qu’ils l’avaient cru et proclamé. Une deuxième, encore plus importante, s’est imposée depuis plus d’un an. Ce n’est pas Bachar mais bien Daech qui met en danger la paix de la région, du Moyen-Orient et du monde, et c’est encore Daech dont les crimes surpassent encore en horreur ceux du régime syrien. Nous sommes passés à deux doigts de l’erreur qui aurait consisté, pour reprendre la célèbre image de Churchill, à tuer le mauvais cochon.
L’évolution qui se dessinait depuis quelque temps connaît un brusque coup d’accélérateur, mais ce n’est pas nous qui l’avons donné. Après David Cameron, après Angela Merkel, Barack Obama vient enfin de reconnaître que l’on ne viendra à bout du cancer que notre ignorance, notre indifférence et notre lâcheté ont laisse grossir et proliférer, qu’en rassemblant au chevet de la Syrie la grande coalition de la Russie, de l’Iran, du Hezbollah, des monarchies sunnites, des États-Unis et de l’Europe dont Vladimir Poutine aura été le défenseur, le porte-parole et l’initiateur.
Lorsque François Hollande, il y a trois jours, déclarait enfin qu’il n’écartait plus personne avant d’ajouter comme dans un irrépressible hoquet… excepté Bachar el-Assad, il avait certainement l’impression d’avoir fait un grand pas. Il n’en restait pas moins à la traîne et la France, quand elle s’alignera comme à son habitude sur les États-Unis et l’Allemagne, fera une fois de plus figure de suiviste.
D’un sourd, on peut toujours espérer qu’il fasse un effort pour déchiffrer et comprendre ce qu’on lui dit. Le cas de celui qui fait la sourde oreille est évidemment plus délicat. Aussi est-ce sans trop d’espoir - mais sait-on jamais ? - qu’en conclusion de cette chronique, je me permets d’adresser à M. Hollande un appel et de lui laisser une dernière chance :
Monsieur le Président,
Dans le dossier syrien, vous vous êtes fourvoyé de bout en bout. Admettez-le, avouez-le et agissez désormais en conséquence. Faites tout ce qui est en votre pouvoir pour que la France, comme elle l’a fait pour la dernière fois en 2003, à la tribune des Nations unies, par la bouche de Dominique de Villepin, tienne un discours de lucidité, de vérité et de courage. Soyez celui qui indique le chemin, pas celui qui suit le mouvement. Cessez d’être, comme dans les dernières négociations avec l’Iran, le cancre, l’âne qui recule, le personnage ridicule qui est le dernier à comprendre, qui fait comme tout le monde mais après tout le monde, et qui, tenu à juste titre pour l’ouvrier de la vingt-cinquième heure, est traité comme tel par tout le monde. Et méditez le titre d’un film de la série des James Bond : « Never Say Never Again ». Ne dites jamais plus jamais.
https://www.youtube.com/watch?v=_nOVSto_TNo




















