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Culture - Editoriaux - Religion - Société - 19 juillet 2014

Irak : Ce ne sont que des Chrétiens…

Ils étaient encore 100.000 avant l’invasion américaine de 2003. Ils sont 5.000 depuis. Aujourd’hui 19 juillet 2014, prenait fin l’ultimatum de l’Etat Islamique aux chrétiens de Mossoul. La conversion, la jizyia ou le glaive. Reprenant à leur compte une prescription supposément attribuée au calife Omar, les islamistes ont appliqué la législation la plus rétrograde de l’Islam : soit les chrétiens se convertissent, soit ils paient une taxe spéciale censée les protéger (environ 200 euros par tête), soit ils seront exécutés. Les islamistes de l’Etat Islamique avaient déjà commencé à marquer leurs maisons cette semaine, les désignant ainsi à l’exil ou à des représailles. L’exode a déjà commencé.

Les chrétiens d’Irak ont commencé à fuir massivement la ville, laissant derrière eux leurs biens, leur terre et leurs lieux de culte dont personne ne garantira l’immunité. La Mésopotamie qui a vu sans discontinuer depuis deux millénaires s’épanouir une des chrétientés les plus anciennes du monde est appelée à disparaître. A rebours de la longue tradition de cohabitation des diverses minorités au Proche Orient, le fondamentaliste wahhabite qui s’est imposé depuis trente ans grâce aux pétrodollars des pays arabes du Golfe, continue son œuvre de normalisation de l’Islam. Et les « born again » djihadistes qui affluent d’Occident sont d’autant plus enclins à cette purification religieuse qu’ils n’ont du christianisme qu’une image brouillée par le spectacle de la décadence occidentale ou des délires évangélistes appelant à la croisade. Ils ne comprennent pas que l’on peut-être chrétien et arabe, qu’une liturgie chrétienne peut-être célébrée dans la langue mère de l’arabe, l’araméen et que ce sont leurs frères qu’ils persécutent. Malgré l’appel déchirant des patriarches orientaux, le monde reste muet. Après Maaloula et Kessab en Syrie, le revers de la médaille des « printemps arabes » apparaît au grand jour.

La faiblesse de la mobilisation de l’Occident n’a pas encouragé ces populations fragiles à voir encore un avenir pour eux et pour leurs enfants. Le monde arabo-musulman est en train de se mutiler en se privant de sa composante chrétienne, composante dont il faut rappeler qu’elle est indigène, profondément enracinée dans la culture arabe. La normalisation fondamentaliste d’un islam sunnite sur le modèle wahhabite, résultat de près d’un demi-siècle du déversement des pétrodollars du golfe est en train de changer radicalement l’identité même des sociétés musulmanes. Les chrétiens en font les frais en premier, mais aussi l’islam traditionnel, avec ses saints et ses pratiques de dévotion que rejettent violemment les islamistes en les assimilant à la Jahiliyya, c’est-à-dire l’ « ignorance » censée avoir caractérisé les siècles précédant la venue de l’Islam. A terme, c’est l’ensemble du monde arabe qui y perdra. Les chrétiens d’Irak sont en voie de disparition. Ce faisant, à l’instar de leurs coreligionnaires syriens, ils emporteront avec eux un pan entier de la culture de l’Orient. Et les remords de l’Occident…

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