La France a peur… Et ce n’est pas feu Roger Gicquel qui le dit pour ouvrir son journal télévisé sur un fait divers particulièrement spectaculaire. C’est un sondage aux questions à peine biaisées, à peine orientées, qui l’affirme. Et de quoi ou de qui aurait-elle peur, la pauvre France ? Du grand méchant ours, de Vladimir Poutine en personne. Parbleu !

« Les Français », en tout cas les sondés, lorsqu’on leur demande benoîtement « si la Russie a raison ou tort de soutenir militairement Bachar el-Assad, principal responsable de la répression contre le peuple syrien », répondent à 75 % que la Russie a tort.

« Les Français », lorsqu’on leur demande innocemment si, « après l’intervention militaire russe, ils ne craignent pas que le conflit syrien dégénère et s’étende au-delà du Moyen-Orient », répondent qu’ils le craignent en effet. À 80 %.

Dûment mis en condition par le libellé des deux premières questions et entraînés par la logique de leurs propres réponses, « les Français », lorsqu’on leur demande, sans avoir l’air d’y toucher, quelle opinion ils ont de Vladimir Poutine, répondent qu’ils l’ont mauvaise (l’opinion), à 72 %.

Il est vrai que les premières frappes aériennes menées par la Russie semblent prouver qu’à Moscou, quand on décide d’y aller, on n’y va pas de main morte. Il est vrai que les Russes ne s’attardent pas à faire le tri entre de « bons » rebelles syriens, « démocrates », « libres »… regroupés dans l’Armée de la conquête et acoquinés avec le Front al-Nosra, branche militaire d’Al-Qaïda et de « mauvais » rebelles enrôlés sous la bannière noire de Daech. Il est vrai qu’ils ne ménagent pas plus les salafistes financés par le Qatar que ceux qui ont été armés par les États-Unis. Il est vrai qu’ils ne se cachent absolument pas de vouloir consolider le régime syrien dont une plainte en justice opportunément déposée et une exposition de photos opportunément organisée visent à nous persuader qu’il n’est pas plus fréquentable que le gang des barbares.

Mais enfin, est-ce la Russie ou l’Occident qui, par des interventions militaires ou politiques techniquement réussies mais aux conséquences désastreuses, a sapé puis détruit depuis 1990 les solides remparts qu’opposaient les régimes et leurs dictateurs en place à la montée d’un islamisme avide de sang et de conquêtes ? Est-ce la Russie ou l’Occident et ses alliés sunnites, du Pakistan au Qatar, qui à force de jouer avec les allumettes qu’étaient les Frères musulmans, les salafistes, les talibans et Al-Qaïda, ont mis le feu à l’ensemble du monde musulman ? Depuis quand les pyromanes ont-ils autorité pour empêcher les pompiers de faire leur métier ? Au nom de quels principes, de quel droit et de quelles réussites le monde entier serait-il habilité à s’ingérer dans les conflits syrien et irakien à la seule exception de la Russie et de l’Iran ? Si les États-Unis et leurs alliés, faute d’avoir résolu la quadrature du cercle, c’est-à-dire d’avoir trouvé la recette miraculeuse qui permettrait d’affaiblir Daech sans conforter Bachar, ne font ni la guerre à Daech ni la paix avec Bachar, faut-il qu’à Moscou et à Téhéran on leur emboîte le pas ? Et faut-il enfin, parce que l’on est intervenu quand et comme il ne fallait pas, que l’on s’en abstienne là, où et quand il le faut ?

La grande machine à décerveler s’est mise en marche. Alors que l’imminence de la chute de Damas entre les mains du « califat » ouvrait enfin les yeux du monde sur la réalité, une propagande massive s’évertue soudain à nous faire croire que le danger qui menace la paix et la civilisation n’est pas tant Daech que, comme au plus fort de la guerre froide, la Russie de M. Poutine. Et c’est si gros que ça marche, c’est si énorme que ça passe, du moins si l’on en croit les résultats des sondages évoqués plus haut. Mais faut-il les croire ? Si c’est le cas, alors c’est la France qui me fait peur.

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4 octobre 2015

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