Enfin, me suis-je dit, en lisant que madame Ericka Bareigts, nouveau secrétaire d’État à l’Égalité réelle – cache-sexe de la discrimination positive –, va prendre des mesures contre les préjugés dans les médias et pour une plus grande visibilité des minorités invisibles. Madame Bareigts va consolider la loi de 1986 relative à la liberté de communication, selon laquelle le CSA doit veiller « à ce que la programmation reflète la diversité de la française et contribue notamment au rayonnement de la France d’outre-mer ».
 
Enfin, ai-je pensé, on va donner des couleurs à ces écrans blafards, on va faire chanter les accents sur les tristes ondes. Tous les jours, quand je tombe sur une énième présentatrice de télévision qui ne semble pas d’origine étrangère – je ne voudrais pas choquer mon lecteur en parlant d’une présentatrice « blanche » – ou quand j’entends la voix quelconque et présomptueuse d’un animateur d’origine manifestement peu exotique, je sens en moi gronder une révolte. Où sont les « non-Blancs » ? déploré-je. Où sont les divers et variés, les pigmentés, les basanés ? Que fait l’État, garant du métissage universel ?
 
Il faut savoir que seuls 14 % de « personnes perçues comme non-blanches » apparaissent dans nos programmes télévisés, selon un « baromètre » de 2015 publié par le CSA (qui jouit, pour l’occasion, d’une autorisation exceptionnelle d’établir des statistiques ethniques) ; et que, parmi ces « non-Blancs » dans les fictions, un tiers joue le rôle de délinquant ou de cas social. Le statut de « héros » est scandaleusement réservé aux non-colorisés.
 
Mais ces lamentables injustices vont être combattues et, je l’espère, avec toute l’ardeur qui s’impose. Qu’on ajoute des hommes et des femmes hâlés en grand nombre, sur tous les plateaux, et que les crapules blanches soient traquées par des justiciers noirs dans les séries policières. Qu’on tienne une comptabilité précise de cette proportionnelle ethnique. Qu’un barbu présente le JT de France 2 – on ne parle jamais assez du et des offenses de Charlie hebdo. Qu’on finance un Plurielle la vie, dont l’action se situerait dans un apartheid imaginaire, entre souk africain, Chinatown et zone contrôlée par la charia ; ou encore un Village presque français qui raconterait la vie quotidienne dans un camp de réfugiés, dans les Hauts-de-France.
 
Et, puisqu’il ne faut oublier aucune minorité représentative, pourquoi ne donnerait-on pas leur juste place, dans l’empire normatif des médias, au troisième âge, aux « personnes à mobilité réduite », aux obèses, aux difformes, aux nains ou aux albinos ? Pourquoi n’entendrait-on pas s’exprimer davantage l’homme du peuple qui ne parle pas comme un dictionnaire, ou le bègue, ou le fou ? La française est mille fois plus diverse que la seule « diversité ».

1 juillet 2016

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