Editoriaux - Société - 24 juin 2019

Sus au crime de lèse-décolleté !

Le 18 juin 1940, à la radio, le général de Gaulle parlait à ses compatriotes depuis Londres, pour refuser l’asservissement de la France à l’Allemagne nazie. Le 18 juin 2019, sur Twitter, Céline B. publiait ce qui n’était pas encore un appel, pour une affaire que seuls de petits esprits jugeront de moindre importance.

Plus court que celui de son prédécesseur, son discours peut être retranscrit dans son intégralité. En voici la première moitié : « Donc… d’après un type croisé tout à l’heure… ceci [une photo est jointe au texte, NDLA] est “un décolleté de sale pute”. »

Comme Dorine à Tartuffe, qui s’exclamait en la voyant entrer : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ! », elle aurait pu lui répliquer : « Certes je ne sais pas quelle chaleur vous monte : / Mais à convoiter, moi, je ne suis point si prompte. »

Ou, parodiant Cyrano et sa tirade du nez, moucher ainsi le morveux :

« Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme.
En variant le ton, – par exemple, tenez
 :
Attentionné : « Je crains qu’un rayon de soleil
Ne change en écarlate ce précieux vermeil. »
Naïf : « Ces baudruches flottant au vent d’été,
Est-ce pour une noce ou le bal des pompiers ? »
Provençal : « Vé, Panisse, ces deux gros melons ;
Je te parie dix francs qu’ils sont de Cavaillon ! »
Admiratif : « Quels vers passionnés et profonds
Lamartine eût écrits au fond de ce vallon ! »

Mais tout le monde n’a pas l’esprit de repartie. Alors, elle a vidé son sac en rentrant chez elle, sur le Net : « Mec mes seins et moi on t’emmerde bien fort tu sais. » Certes, la forme laisse un peu à désirer mais, comme l’écrivait Musset, « qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ! » De fait, ces mots sont rapidement montés à la tête de milliers de femmes. Zohra Bitan, chroniqueuse des « Grandes Gueules » sur RMC, y est allée de son tweet : « N’oubliez pas les filles, demain samedi 22 juin 18 h, en attendant la #Canicule et en guise de résistance à la police vestimentaire qui tente des percées çà et là #JeKiffeMonDecollete en image ici ! Préparez vos photos. » Selon L’Obs, « le hashtag #JeKiffeMonDecollete est arrivé ce week-end dans le top 3 des Tendances France sur Twitter, regroupant plus de 16.500 tweets », dont celui de Véronique Genest, l’ex-Julie Lescaut : « Il n’est pas né celui qui me dictera ma façon de m’habiller. »

Toutes revendiquent, explique L’Obs« leur droit à porter un décolleté et, plus largement, à s’habiller comme elles le souhaitent, sans subir de regards ou de commentaires déplacés, surtout avec la canicule annoncée cette semaine ». La canicule a bon dos : ces femmes réclament tout bonnement le droit de se déshabiller comme elles le souhaitent sans subir les regards placés justement là où leur tenue les appelle. Alors, que faire ? Instaurer le port obligatoire du bandeau sur les yeux pour les hommes ? Mettre un flic à chaque coin de rue pour verbaliser les keums qui ne kiffent pas leur décolleté ? Vite, Schiappa, une loi ! Et qu’on nous change notre devise ringarde. Zohra Bitan a déjà trouvé la nouvelle : « Liberté, Égalité, Décolleté » !

Restent les injures, effectivement condamnables. Mais elles sont déjà punissables par la loi sans que des féministes désœuvrées ne se mêlent de faire du port du décolleté une grande cause nationale.

À lire aussi

Pétition contre Andrée Chedid : pauvre France…

Il est vrai qu'à la lecture de ce petit bijou d'incorrection orthographique et syntaxique,…