Quand j’étais petite fille, les interviews du président de la République, c’était tout un cérémonial : les journalistes qui avaient la chance d’avoir été sélectionnés arrivaient sur leur 31, dans leurs petits souliers sur les tapis d’Aubusson, osant à peine s’asseoir tout au bord des fauteuils dorés rococo ambiance « Folie des grandeurs » du palais de l’Élysée. Le Président, hiératique et légèrement acerbe, faisait régulièrement piquer un fard, sous le brushing figé par la laque, à la Michèle Cotta de service qui avait osé poser une question plus audacieuse que les autres.

C’était convenu, un peu figé, mais avait l’avantage, lorsque ledit Président avait tout perdu, jusqu’à l’estime des Français, de lui conserver au moins la dignité inhérente à sa fonction.

Comme l’avait fait Sarkozy en 2012, le Président normal, lui, a choisi de s’exprimer sur le plateau de l’émission Capital sur M6. Pour la prochaine fois, les paris sont ouverts. Moi, je mise sur Questions pour un champion. Thomas Sotto, le présentateur, l’a accueilli col ouvert. Hollande, lui, avait mis une cravate, tel un patron de PME arrivant endimanché sur un plateau de France 3 Régions, sans avoir compris, ce plouc, que le dress code de rigueur était « casual ».

Capital est une émission de vulgarisation économique. Plébiscitée, paraît-il, par les profs de lycée qui la recommandent à leurs élèves. D’ailleurs, Sotto a commencé sa carrière sur Canal J. Et comme Hollande justement, venait faire de la pédagogie (c’est ce qu’on a lu un peu partout…), cela tombait drôlement bien. C’était donc de la vulgarisation présidentielle : Hollande pour les nuls.

Malheureusement, il paraît que l’audience n’était pas au rendez-vous. Pas au niveau des précédentes interviews présidentielles, ni seulement à celui des précédentes émissions de Capital. Si on m’avait demandé mon avis, je leur aurais dit : trop d’interviews tuent l’interview. Un président de la République, c’est comme une jolie fille : cela doit se faire désirer. Si Kate Middleton se mariait tous les trois mois, il y aurait à la fin beaucoup moins de gens pour la regarder à la télé. La multiplication des apparitions mue le Président normal en Président banal. Voire trivial.

Les émissions de , au fond, sont un peu comme des romans de Guillaume Musso : elles se suivent avec une régularité de métronome et racontent grosso modo toujours la même chose, mais dans un cadre différent. Le chômage ? Ça va finir par descendre. La croissance ? Ça va finir par monter. Les retraites ? Rien de nouveau : l’âge légal ne changera pas, la durée de cotisation sera allongée. Et pour les fonctionnaires ? Je vous en pose, des questions ?

Même son effet d’annonce concernant l’allégement de l’imposition sur les plus-values immobilières censé fluidifier le marché ressemble à une vieille chose recyclée : doit-on rappeler que Cécile Duflot a déjà tenté cette même réforme au iota près l’automne dernier (réduction de la durée de détention ouvrant droit à une exonération totale, abattement supplémentaire exceptionnel de 20 % pour 2013… assortis quand même d’un impôt supplémentaire réservé aux « super plus-values ») ; le projet avait été retoqué par le Conseil constitutionnel, ne conservant au final que l’impôt supplémentaire sur les hyper plus-values… et aboutissant donc à une pression fiscale encore plus importante.

« Et après ». C’est le nom du premier roman à succès de Musso. Et après ? C’est la question que l’on se pose après cette émission. Et après, Hollande va s’exercer à tenir les mêmes propos lénifiants, mais à toute vitesse. Pour dans deux mois. À cause du sablier de Questions pour un champion, tiens.

18 juin 2013

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