Editoriaux - Politique - Société - Table - 24 septembre 2017

Suppression des emplois aidés : une aberration sociale !

Le gouvernement veut réduire le nombre de contrats aidés, on le savait. Édouard Philippe a annoncé, ce jeudi, que le budget 2018 en financera 200.000, contre 320.000 cette année. Pour le gouvernement, le système actuel est peu efficace.

Cette décision dérange dans le pays et on comprend pourquoi. Rappelons que ces contrats, s’ils ne sauraient être l’alpha et l’oméga d’une politique de relance de l’emploi à long terme, permettent néanmoins à un certain nombre de nos compatriotes sans emploi, pour des raisons qui tiennent par exemple à leur handicap ou à leur manque de qualification, de s’insérer socialement. En outre, les collectivités locales apprécieront également cette décision, elles qui, pour certaines, ont été contraintes de décaler la rentrée des classes pour y faire face.

L’insertion par le travail, n’est-ce pas là l’idéal vers lequel devrait constamment tendre un pays humaniste comme le nôtre ? Dans leur grande majorité, les demandeurs d’emploi n’aspirent en rien à demeurer aux crochets de la société : les aider à s’en sortir n’est rien de moins qu’un devoir moral. Il s’agit, en général, de contrats à temps partiel, payés au SMIC, ce qui ne permet certes pas de rouler sur l’or mais au moins de vivre dignement.

Bien entendu, il y a bien d’autres mesures à prendre pour relancer l’emploi. Ce seul dispositif ne saurait suffire mais il participe à la réalisation effective du principe républicain de fraternité. La fraternité, c’est la mise en œuvre concrète de la solidarité nationale, elle donne corps à la communauté de destin. Elle est tout à la fois un devoir moral et une composante essentielle de la cohésion nationale et donc de la réussite politique.

En outre, la fraternité et la République sont toujours allées de pair depuis 1789, avec l’idéalisme des révolutionnaires de l’époque de vouloir le bonheur de chacun, ce qui nous oblige aujourd’hui à garantir autant que possible la dignité de tous. Cette mesure permet justement de redonner à beaucoup une dignité. N’en déplaise au gouvernement, ces emplois aidés ne sont donc en rien une impasse.

Au demeurant, ils sont aussi utiles pour les collectivités, notamment, qui en ont bien besoin pour tenter de combiner besoin en effectifs et manque de moyens. Ce gouvernement raisonne en comptable, mais la prospérité d’une société ne saurait s’évaluer seulement d’un point de vue arithmétique. De plus, qui va remplir les tâches effectuées par les personnes en contrat aidé ? Les collectivités, qui sont vues comme une variable d’ajustement et à qui on a déjà demandé des efforts de plusieurs milliards, n’ont pas les moyens d’absorber les coûts d’un emploi normal. Une nouvelle fois, on cherche à transférer les dépenses aux collectivités, afin de soulager l’État.

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