La proposition coup de hache de Fillon visant à supprimer 500.000 postes de fonctionnaires suscite de nombreuses réactions positives. Pourtant, les chiffres ronds sont toujours suspects et trahissent souvent le bon gros argument électoral qui tache. Mais tant pis, car mettre en accusation ces fainéants d’agents publics mérite bien que l’on avance quelques idées toutes faites.

Il est, toutefois, dommage que le dossier « Ressources humaines de l’État » soit pris en charge par un ultralibéral doctrinaire, qui voit les fonctionnaires d’abord et avant tout comme des charges pour les entreprises. D’autant plus regrettable que la question de l’État employeur mérite vraiment d’être posée, et que la réponse pourrait même conduire à un chiffre supérieur à 500.000 suppressions de postes.

Pour ouvrir le débat, on peut déjà avancer que, contrairement au secteur privé, l’État n’a pas vocation à être employeur pour faire baisser le chômage. Peut-être utile sur de courtes périodes, un tel choix crée entre l’économie et l’action publique un lien contre-nature. Les recrutements type « emploi aidé » qui alourdissent les services publics avec des personnes sans compétence doivent être stoppés le plus rapidement possible.

Ensuite, les avancées techniques et l’apparition de nouveaux logiciels augmentent la productivité dans de nombreuses tâches administratives. Il est donc tout à fait légitime que ces évolutions conduisent à réduire le nombre de personnels tout en gardant la même qualité de service.

On peut, également, souligner que la libre gestion du recrutement dans les collectivités territoriales a lourdement pesé sur les finances locales. Cette bonne idée de l’ère Mitterrand a créé un rapport malsain entre administrés et élus locaux puisque ces derniers ont la possibilité de recruter leurs propres électeurs. Combien de budgets communaux se trouvent ainsi grevés par des emplois de complaisance ? Sans parler des communes où les fonds publics permettent d’acheter la paix sociale en transformant des voyous en pseudo-employés municipaux. Il y a, là, effectivement des économies à faire.

Alors oui, on peut – on doit – réfléchir aux moyens de réduire le nombre de fonctionnaires. Mais il faudrait être amnésique pour confier sans crainte cette mission à François Fillon. Parce qu’il y a les promesses du candidat, et puis il y a les actes de l’homme au pouvoir : plus de 10.000 postes de policiers et de gendarmes – et l’actualité récente a montré combien ces emplois étaient utiles – ont disparu entre 2007 et 2012.

La seule action concrète de Fillon sur le sujet a été de mettre en place une politique bête et méchante de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Peut-on imaginer une entreprise où on ne remplacerait pas le commercial en fin de carrière mais où on laisserait les techniciens de surface se marcher dessus pendant des décennies uniquement parce qu’ils sont jeunes ? Il est tout simplement incroyable que le candidat Les républicains n’ait rien de plus intelligent à offrir aux fonctionnaires en particulier, et aux Français en général.

La droite regarde la fonction publique avec des yeux de dératiseurs. La gauche l’a dévoyée pour lui faire conduire une suicidaire et dogmatique politique de largesse sociale. En fait, en toute objectivité, programme contre programme, seul le Front national semble aujourd’hui suffisamment attaché au service public pour réduire le nombre de fonctionnaires tout en préservant l’action de l’État.

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