“Alors, piètre juriste ou malhonnête homme… Chacun en jugera par lui-même.” C’est ainsi que dans ces colonnes, le 9 avril, Xavier Mignot résumait un peu mathématiquement le cas de . Notre jeune confrère contributeur me permettra de ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Tout comme lui, je ne connais rien à l’affaire et je ne connaissais M. Germain que comme ce maire courtois, profondément amoureux de sa ville, respectueux de l’institution militaire, qui savait évoquer avec une certaine tendresse son année passée sous l’uniforme.

Justement, la vie militaire et l’exercice des responsabilités m’ont amené à être confronté jadis au suicide d’un sous-officier, suicide qui n’avait rien à voir avec le travail mais à des histoires de famille. Comme le prévoyait alors la procédure en vigueur à l’époque, la gendarmerie qui traita l’affaire transmit le dossier à l’autorité militaire et j’eus dans les mains la copie de la lettre laissée par cet homme qui alla se pendre dans un grenier sordide de sa campagne. La lettre : une suite de propos écrits d’une écriture irrégulière, tourmentée qui n’était plus tout à fait la sienne. Et pourtant, c’était la sienne. Une suite de propos dont on avait du mal à voir la cohérence. On y devinait cependant qu’au fond de tout cela, il y avait une souffrance et le mensonge – lequel, je ne sais -, un mensonge qui devenait trop lourd à porter. Un mensonge qui, pour cet homme, faisait ressembler la vie à une impasse dont il ne pouvait sortir qu’en sortant de lui-même. C’est ainsi que j’avais tenté d’analyser cette lettre et peut-être ce geste de désespoir, un peu présomptueusement, je le reconnais, n’étant ni psychologue, ni psychiatre.

Bien sûr, tout le monde ne se suicide pas lorsqu’il s’engouffre dans une voie qui peut sembler de prime abord une impasse. Vous avez ceux qui vont foncer, démolir le mur ou prendre leur élan pour passer par-dessus ; ceux qui vont revenir en arrière en demandant pardon. Et puis, l’humanité possède ses passe-muraille, dotés d’une conscience capable de se faufiler à travers tous les murs de mensonges. D’autres sont plus fragiles, à un moment donné et ce, quelles que soient leurs capacités intellectuelles et les responsabilités qu’ils aient pu exercer.

Le Curé d’Ars qui n’avait pas fait fac de droit et encore moins fac de psycho avait cependant tout compris. N’affirmait-il pas qu’un suicidé se jetant du haut d’un pont pouvait se sauver entre le moment où il franchissait le parapet et le moment où il mourait ? Quittons le plan théologique pour le plan simplement humain. Si le drame humain peut ainsi se concentrer de façon si intense sur quelques secondes qui valent une éternité, on peut imaginer la multitude de pensées s’entrechoquant dans les instants qui précèdent l’acte ultime, comme ces mots qui s’entrechoquaient dans la lettre de mon sous-officier, comme ces mots de Jean Germain qui ont choqué certains…

La pensée ne se résume pas à des raisonnements binaires, l’homme n’étant pas un ordinateur, Dieu merci. Ne peut-on tout de même prêter à M. Germain cette faiblesse qui fait aussi que tout homme est un mystère ?

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