Après avoir posé l’intermédiaire en élément incontournable de toutes transactions immobilières, Stéphane Plaza, le monsieur « net-vendeur » des émissions Maison à vendre et Recherche appartement ou maison, lance son propre réseau d’agences. Avec un téléspectateur bien conditionné et infantilisé à souhait par M6, l’animateur a sans doute estimé que le pigeon était prêt à être consommé. Prêt à lui verser monnaie sonnante et trébuchante en échange de quelques ouvertures de portes de salle de bains, de descentes dans des caves humides, de montées périlleuses dans des greniers aménageables : quel potentiel ! Que, de son côté, le vendeur n’allait pas hésiter à faire payer 5 % de commission à son futur acheteur, ce salopard lubrique qui allait venir chausser ses pantoufles, piétiner son carrelage à lui et, pourquoi pas, coucher avec sa femme pendant qu’on y est ! Allez, hop ! Plaza, veuillez taxer ce malfaisant !

Sur les sites d’annonces, le particulier se fait rare. Plaza a bien travaillé. Au rayon immobilier, leboncoin devient un p’tit coin où agences et intermédiaires viennent déposer leurs trouvailles à des prix variant avec l’humeur du commercial. Maison à 305.000 ici, la même à 310 un peu plus loin, 320 surenchérit un autre. Que le meilleur gagne !

Malgré l’arrivée de sites Web simplificateurs à l’extrême, malgré la gratuité, l’audience, la réduction des visites inutiles par la mise en ligne de moult photographies explicites, le particulier continue de succomber au baratin du Plaza de service. Ce consommateur prêt à passer des heures sur des sites comparateurs qui lui feront économiser 4,50 € verse soudain de petites fortunes à des officines dont l’unique mérite consiste à faire visiter un bien immobilier… à vendre de toute façon. Avec ou sans Plaza. Dans la négociation, l’acheteur se voit ainsi fournir la corde pour se pendre, le poteau, le crochet et tous les accessoires.

Mises à plat, les sommes demandées par ceux qui s’interposent entre vous et moi lors d’une transaction immobilière sont hors-normes. Quelques milliers d’euros pour la visite de deux ou trois appartements… Une ou deux dizaines de milliers pour quatre déplacements vers des maisons situées à deux pas de l’agence… Job de rêve ! Faible investissement, pas de stock, risques proches de zéro, aucune compétence particulière… La prolifération s’explique.

Il y a quelques années, un agent immobilier n’avait pas hésité à me proposer une maison figurant sur le magazine « De particulier à particulier » dont un exemplaire ouvert à la page de l’annonce était posé sur son bureau. L’achat du journal et l’usure de la veste contre le dossier du fauteuil expliquaient peut-être le supplément exorbitant…

Par définition, chaque individu est particulier et a vocation à le rester. Nul besoin de Plaza entre Pierre et Paul. Quand bien même, dans certains cas, il se montrerait d’une quelconque utilité, alors qu’il en soit rémunéré à la hauteur du service rendu et non sur la base d’un péage hallucinant que rien ne réglemente véritablement.

15 novembre 2013

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