Bien sûr qu’il faut supprimer le statut des (hauts) fonctionnaires, pour le remplacer par un système dit d’emplois. En clair des CDI, avec périodes d’essai plus longues et un système de récompenses-sanctions qui marche, hors fonctions régaliennes.

Non pour les raisons invoquées par Macron – faire correspondre les besoins de l’administration et la compétence des agents, soit l’application des règles du marché du travail, sans recours aux concours et à l’emploi à vie – mais parce que ce statut est devenu archaïque et ne joue plus son rôle de protection de l’administration contre les ingérences et la corruption.

L’impartialité, la neutralité, le service désintéressé de l’État (et de la nation à travers lui), comme aux temps bénis du gaullisme, ne fonctionnent plus dans la haute fonction publique. Je ne parle évidemment pas des infirmières, des policiers, voire des enseignants (s’ils étaient mieux formés et encadrés) animés, pour la plupart, d’une conscience professionnelle admirable.

Les administrations d’État et des collectivités locales sont corrompues jusqu’au trognon et soumises à l’arbitraire politique et à la prévarication, dès qu’on se rapproche des lieux de décision ou des exécutifs élus, ce que le statut était censé éviter. On ne fait pas carrière sans appuis politiques ou syndicaux, copinage de loges et de chapelles, carnets d’adresses, petits services et renvois d’ascenseur, et sans pantouflage dans le privé pour couronner le tout. En fait, on ne fait pas carrière sans faire allégeance, comme dans un système féodal.

Le lieu initial de formatage et de soumission, l’ENA, cette école d’exception (dont le modèle a été exporté en Chine ou au Vietnam), doit aussi disparaître pour devenir l’école d’application qu’elle aurait dû être au départ, sur le modèle de l’École de guerre.

À école d’exception, tribunal d’exception : le Conseil d’État comme cour administrative suprême, où sont jugées les affaires de la haute administration et où les principes d’un procès équitable ne sont pas garantis (pas d’appel, pas de choix libre de son avocat, pas de débat public et contradictoire). Rappelons l’instrumentalisation qu’en a faite Valls contre Dieudonné.

Les lecteurs de Boulevard Voltaire aiment le parler-vrai et me pardonneront de parler de moi. C’est pour avoir dit ces choses-là et introduit des actions judiciaires, après ma scolarité à l’ENA et un court passage au ministère de la Ville (ce machin chargé d’acheter une paix relative dans les quartiers “sensibles”, et d’arroser les petits copains à la solde du pouvoir), que je dois de ne pas trouver d’affectation, d’avoir ma carrière brisée et de m’être réfugié à l’étranger pour limiter les effets de la chasse aux sorcières dont sont frappés en France ceux qui ne sont pas dans la ligne. Le rôle de whistle blower (“lanceur d’alerte”) n’est pas reconnu comme il l’est au Canada.

Le statut de fonctionnaire protège – il n’y a pas de renvoi possible sans fautes ou insuffisances graves – mais ne garantit pas de pouvoir travailler et de bénéficier des droits attachés à un déroulement normal de carrière. C’est un énorme gâchis de compétences et une gabegie insupportable. L’administration s’en accommode. Moi pas.

Espérons que les chevènementistes du FN, pour la plupart hauts fonctionnaires, sauront s’abstraire de leur formatage initial en mettant à bas ces féodalités, par fidélité à leur mentor, quand celui-ci, en 1969, publiait L’Énarchie ou les mandarins de la société bourgeoise sous le nom de Mandrin, ce p’tit gars de chez moi en révolte contre l’arbitraire et la corruption.

29 septembre 2015

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