Cinéma - Editoriaux - Société - Table - 20 décembre 2015

Star Wars en fragile rémission

« Encore une nouvelle trilogie… », appréhendait-on blasés en octobre 2012 lorsque après avoir racheté la société Lucasfilm, Disney annonça sans grande surprise la mise en chantier de nouveaux épisodes Star Wars. C’est que, depuis la précédente fournée entamée en 1999 avec La Menace fantôme, les rangs s’éclaircirent sensiblement parmi les fans de la première heure…

Parmi ceux-là demeurait J. J. Abrams, réalisateur de ce dernier opus, Le Réveil de la Force, qui fit des pieds et des mains pour engager la production vers un retour aux sources aussi légitime que salvateur. Exit les images de synthèse à tout va, la nausée d’effets spéciaux, les séquences entièrement tournées sur fond vert, les lumières et couleurs pétaradantes façon « Toys “R” Us », et retour aux décors naturels, aux maquettes, maquillages et marionnettes.

L’Empire a bel et bien sombré, mais son reliquat « Premier Ordre » – sorte d’organisation ostensiblement (grossièrement ?) nazifiante et épuratrice, au projet antirépublicain – a pris la relève du côté obscur de la Force, déclenchant ainsi les hostilités avec la fratrie Skywalker.

Le schéma du film emprunte grosso modo la trame de l’épisode IV et, en ce sens, multiplie les références à celui-ci. C’est d’ailleurs un Han Solo désabusé en plein conseil de guerre qui notera que la nouvelle étoile noire n’est qu’à peine plus grosse que la première…

Références, ou clins d’œil, qui n’ont bien souvent d’autre ambition que de faire plaisir aux inconditionnels de Star Wars, avec une utilité somme toute relative : de la découverte du Faucon Millenium au retour de la princesse Leia – qui manifestement se demande ce qu’elle fait là – en passant par de bien mornes C-3PO et R2-D2, on a droit également au retour des insignifiants amiral Ackbar et Nien Nunb ! Sans oublier l’apparition éclair de Luke Skywalker, réduit à un rôle de figurant privé de réplique mais qui, avec un seul plan de face, pourra faire acte de présence et réclamer son cachet après le tournage… C’est dire le prix que sont prêts à payer les producteurs pour pouvoir se targuer d’avoir réuni les principaux éléments de la saga !

Les références à Un nouvel espoir et à la destruction de l’Étoile noire abondent mais des emprunts non négligeables sont aussi faits à L’Empire contre-attaque, notamment cette scène tragique où un personnage clé du film perd la vie après un long dialogue shakespearien, comme en était si friand de son temps George Lucas.

En dépit d’une première partie aussi pauvre qu’interminable sur la planète Jakku – triste ersatz de Tatooine -, le film finit tardivement par décoller mais commet cependant un impair capital : en dévoilant d’emblée le visage, l’humanité et les origines du nouveau méchant Kylo Ren, les scénaristes semblent oublier que la terreur qu’inspirait jadis Dark Vador au spectateur reposait essentiellement sur son aura, aussi ténébreuse que mystérieuse. Or, Kylo Ren n’a rien de tout cela ! Le fidèle et redoutable lieutenant de « Premier Ordre » se révèle un banal adulescent en quête d’affirmation dont la conversion politico-spirituelle au côté obscur de la Force n’est pas encore achevée. Rarement au cinéma l’édifice d’une organisation terroriste n’aura semblé aussi fragile !

Par ailleurs, on sourit de ce féminisme nouvelle génération qui, pour les scénaristes, doit forcément passer – théorie du genre oblige – par la virilisation et la masculinisation outrancière du personnage principal de la nouvelle saga qui, en termes d’intellect et de repartie, a pourtant tout à envier à la princesse Leia, féminine et caustique à la fois du temps de la première trilogie. Cette même princesse Leia pour laquelle son interprète Carrie Fisher, amère dans ses déclarations, dut perdre 16 kilos sous les injonctions de la production. Hollywood : un féminisme à deux vitesses…

Un film dont la réussite, ou plutôt « l’efficacité », repose essentiellement sur les corrections de la précédente trilogie et sur la nostalgie des premiers opus, mais en aucun cas sur ses apports narratifs ou ses nouveautés.

2,5 étoiles sur 5.

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