Blog - Histoire - Presse - Radio - 6 mars 2013

Staline : l’homme qui a assassiné l’espoir…

Cela se passait dans les années 1950. Le chanteur américain et communisant Paul Robeson avait été convié pour un récital en URSS. Quasiment inconnu aux États-Unis, il était là-bas, et dans tout le monde communiste, une gloire. La voix du peuple américain. Toutes les radios – et aussi les haut-parleurs dans les rues – diffusaient ses chansons.

Or, le New York Times et d’autres journaux américains avaient fait état de rumeurs selon lesquelles des dizaines d’intellectuels, d’écrivains et de poètes juifs avaient été arrêtés sur ordre de Staline, qui les accusait de « sionisme » (ça marche toujours aujourd’hui mais avec des conséquences infiniment moins graves…). Embarrassés, les dirigeants du PC américain demandèrent à Robeson de voir sur place comment mettre fin à ces « calomnies ». Une fois à Moscou, le chanteur demanda à rencontrer le poète Peretz Markish, qu’il connaissait personnellement. Il lui fut répondu que le camarade Markish se reposait dans un sanatorium en Crimée et qu’il viendrait à Moscou dès que possible.

Trois jours plus tard, le poète, encadré par deux accompagnateurs, vint voir Robeson à son hôtel. Il portait un costume de bonne coupe, il avait bonne mine, le visage apparemment hâlé par le soleil de Crimée. La conversation, chaleureuse et amicale, tourna autour des mensonges de la « presse bourgeoise » américaine. Et Robeson repartit pour l’Amérique, porteur de la bonne nouvelle.

Peretz Markish fut ramené dans sa cellule de la prison de la Loubianka. Pendant quelques jours, des soins attentifs, une nourriture équilibrée, des lampes à bronzer lui avaient donné l’apparence nécessaire pour rassurer Robeson. Et Markish, comme les autres « sionistes », fut, sans procès et en secret, exécuté d’une balle dans la nuque. Ainsi, le PC américain put, la conscience apaisée, continuer son courageux combat pour la libération du peuple américain.

Le cas de Markish et des autres n’est qu’une goutte de souffrance dans l’océan sanglant des crimes staliniens. Mais il illustre de façon exemplaire une spécificité particulière du communisme soviétique : le mensonge. Le mensonge hissé au rang de huitième art. Le mensonge absolu. Le mensonge nécessaire.

Nécessaire parce que le stalinisme était, selon la définition de Raymond Aron, une utopie du bien. Une promesse messianique du bonheur sur terre, de l’égalité entre tous les hommes, de la parousie accomplie d’un âge d’or à venir.

Tout était faux, mais il fallait mentir, et mentir encore, afin que des hommes acceptent de se sacrifier pour cet idéal. Ils furent ainsi des centaines de milliers à mourir dans les tranchées de Madrid, sous la hache des bourreaux nazis, devant les pelotons d’exécution des fascistes roumains, grecs, etc., et aussi sous les guillotines de Vichy.

Le frère jumeau et opposé de Staline, Adolf Hitler, lui, ne mentait pas. Le nazisme s’était constitué en effet comme une contre-utopie du mal. Il avait annoncé, sans mentir, sans rien dissimuler, qui serait exterminé, qui serait déporté, qui serait réduit en esclavage et qui seraient les surhommes et les sous-hommes. Il s’ensuit que ceux qui, au nom de Staline, et là où il ne régnait pas, s’engagèrent dans l’aventure communiste n’étaient pas tout à fait de la même espèce humaine que les nazis.

Staline leur mentait. Et ils le croyaient puisque, au bout de leur combat, se profilait un rêve tant désiré. Et avec ce mensonge, d’une ampleur jamais connue dans l’Histoire, Staline a assassiné à jamais l’espoir d’un autre monde, d’un monde merveilleux, d’un paradis sur terre qui ne fut qu’un cauchemar.

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