« , je litanise ton nom… », ce détournement du titre d’un poème d’Eluard s’applique à merveille au nouvel hymne officiel des Enfoirés, « Liberté », que l’on nous assène sur les chaînes de télé, matin, midi et soir. Le clip est en effet un curieux gribouillis en noir et blanc de têtes et de voix plus ou moins connues où défilent le ban et l’arrière-ban des chanteurs à la mode ou sur le retour.

Outre les inévitables Vanessa Paradis, Bruel et autres Goldman, on se demande, cerise sur le gâteux, ce que le vénérable Jean d’Ormesson, du haut de ses 90 ans, est venu se fourvoyer dans ce méli-mélo un tantinet poussif et pour le moins un peu longuet. Idem pour que l’on imaginerait volontiers plutôt sarcastique à l’égard de ce clip qui célèbre un poète certes incontestable mais dont l’engagement personnel et se situait à cent lieues de la notion même de liberté… Le talent n’excuse pas tout et en particulier l’admiration qu’Eluard portait au « petit père des peuples », un qu’il avait versifié en 1950 dans une très surréaliste « Ode à Staline » où il loue… « Le cerveau d’amour » du maître du Kremlin.

« (…) Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir pour la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leur espoir sans bornes. » (extrait)

Et le site Contrepoints de s’interroger à juste titre sur la raison pour laquelle nos champions de la morale « bobo » n’ont pas fait preuve de plus d’esprit critique. « À croire que bêler “Liberté” dans un micro donne le droit d’être inculte ou amnésique. Les Enfoirés ont choisi un poète communiste, bien aligné sur les idées du parti soviétique, comme beaucoup d’artistes de ces années-là. Franchement, n’y avait-il pas dans la poésie française un auteur moins contestable ? Mais le communisme n’est pas politiquement incorrect en France. »

« Staline, j’écris ton nom… » Et puis lors de leur tournée en province, le titre de l’hymne des Enfoirés pourra se décliner selon la région où ils se produisent « Choucroute garnie, j’écris ton nom » ou « saucisse de , j’écris ton nom »… Après tout, et sans aucun cynisme, il s’agit bien de récolter des provisions pour les restos du cœur, non ?

8 mars 2016

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