Editoriaux - Histoire - International - Médias - Table - 21 juillet 2015

Srebrenica, au-delà des mythes

Le 20e anniversaire de la prise de Srebrenica par les Serbes de Bosnie en juillet 1995 est à nouveau l’occasion, dans les médias, d’un récit aussi unanime que fallacieux. Le bourrage de crâne qui a caractérisé la période des guerres yougoslaves continue “as usual”. Il semble même avoir atteint un niveau de perfection quasi inégalé, puisque 20 ans après le drame, ses principales allégations, aussi invraisemblables soient-elles, passent pour des vérités historiques incontestables.

Pour autant, il ne s’agit pas de nier qu’un crime de masse a été commis côté serbe. Sauf que si l’on s’en tient aux faits reconnus à La Haye tant par l’accusation que par la défense, le scénario selon lequel les Serbes auraient fondu sur la ville et exécuté 8.000 hommes ne tient pas.

Srebrenica aurait été une bourgade exclusivement habitée par de pacifiques civils, nous dit-on. Faux : la ville était une place forte de l’armée bosno-musulmane où tous les hommes étaient mobilisés dès l’âge de 15 ans, soit environ 10.000 hommes. Or, le 11 juillet 1995, ces hommes, obéissant aux ordres venus de Sarajevo, se sont rassemblés pour former une immense colonne chargée de percer les lignes serbes. Ils y parvinrent après de durs combats qui firent de nombreuses victimes dans leurs rangs.

La ville aurait été prise militairement par les Serbes, énonce aussi le scénario médiatique. Faux, là encore, car leurs troupes, cinq à six fois inférieures en nombre, en étaient totalement incapables. C’est, en fait, dans une bourgade déserte que les Serbes sont entrés : Srebrenica venait d’être évacuée sur ordre des autorités musulmanes bosniaques qui, sans le révéler publiquement, savaient qu’elles allaient ultérieurement échanger la ville contre les quartiers serbes de Sarajevo. Ce qui s’est effectivement produit en février 1996.

En revanche, il est incontestable que du 11 au 16 juillet, soit durant les combats avec la colonne militaire, les Serbes de Bosnie ont systématiquement assassiné les nombreux Bosniaques musulmans qui se sont rendus. Mais le nombre élevé de ceux qui sont morts dans les combats interdit de prétendre que les musulmans morts à Srebrenica en juillet 1995 ont tous été victimes d’exécutions.

Les Serbes auraient eu pour but de tuer tous les hommes de Srebrenica, affirme-t-on enfin. Faux également, car un accord de cessez-le-feu eut lieu le 16 juillet entre les autorités militaires musulmanes et serbes. Ce qui a permis aux milliers de musulmans de la colonne de passer la ligne de front avec leurs armes.

Quant au transfert de la population non combattante de Srebrenica par les Serbes, précisons qu’il fut aussi voulu par les acteurs impliqués dans le processus de paix : l’ONU, Sarajevo, Paris, Londres et Washington.

Gageons, cependant, que les mensonges sur Srebrenica auront la vie dure. Toute tentative de remise en question étant instantanément qualifiée de « négationniste », leur longévité paraît garantie pour longtemps.

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