Un suivi d’une journée shashlik (brochette) au bord de la mer me donna l’occasion, dernièrement, d’échanger longuement avec des Criméens. Les personnes invitées appartenaient à la classe populaire et moyenne, et plusieurs générations étaient présentes. Il n’y avait pas de barbares, couteau entre les dents, prêts à suivre un nouvel Attila pour déferler sur l’Europe !

Très bien informés par ce qui se passe en France, le sentiment principal qu’éprouvent ces gens est l’incompréhension.

Le sujet qui les intéresse le plus concerne les sanctions qui ont fait suite au rattachement de la Crimée à la Russie. Ils m’ont gentiment rappelé que la Crimée était d’abord une république autonome en me montrant les licences de pharmacie apposées sur les murs. Même au temps du rattachement à l’Ukraine, l’autorité de délivrance était la République autonome de Crimée. Cette république avait son propre Parlement et ce Parlement avait les prérogatives données par la Constitution pour organiser un référendum. Au vu des résultats et de la participation, ce exprimait une forte volonté populaire.

J’ai même eu droit à un cours d’Histoire de France lorsqu’une femme me parla du deuxième hymne de la révolution, le Chant du départ, qui exalte la notion de peuple souverain. Ce principe républicain de peuple souverain est inscrit dans notre Constitution et ils ne comprennent pas pourquoi il ne serait pas applicable à la Crimée. Malicieusement, elle me dit que les ennemis de la France n’étaient peut-être plus les rois ivres de sang mais bien nos “élites” françaises.

Pour eux, la France reste une référence en termes de valeurs et ce qu’ils observent ne saurait durer. Venant de la part d’un peuple qui place parmi les grands hommes de l’Histoire malgré les dégâts qu’il a infligés à la Russie, nous pouvons compter sur leur capacité à pardonner les errements de la étrangère française.

Il y a, parfois, comme une lueur de déception amoureuse dans les yeux de ces Criméens lorsqu’ils évoquent la France et la déchéance des valeurs que notre pays incarnait. Ils ont bien compris que le peuple français est le même mais que ses hommes politiques ne l’incarnent plus. Ils nous souhaitent simplement d’avoir de nouveaux dirigeants qui sauront libérer la France de la tutelle américaine via Bruxelles et œuvreront au bien du pays et du peuple.

La plupart de ces gens ont connu la période soviétique faite de pensée unique et de propagande outrancière. Aussi, ils comprennent parfaitement le sentiment d’abandon du peuple par les élites que les Français peuvent ressentir. Ils n’osent le dire mais appellent de tous leurs vœux la restauration de la souveraineté du peuple français.

21 septembre 2015

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