Editoriaux - Politique - 22 mars 2015

“Soumission”, ou la possibilité d’une Europe sans femmes

Après 250.000 ventes de Soumission de Michel Houellebecq, il serait temps que l’on parle non plus de la légitimité d’un roman d’anticipation sur la prise du pouvoir par l’islam mais de ce que l’auteur nous en dit.

Si le scénario politique de la chute de l’Europe proposé est fondé sur d’intéressantes hypothèses, notamment le cheval de Troie de l’islam en Europe que constitue l’injection salutaire, anesthésiante et corruptrice de pétrodollars dans son économie malade, pour le perçant moraliste moderne qu’est Michel Houellebecq, le combat se déroule et se perd ailleurs, en chacun de nous.

Le narrateur, triste mâle pratiquant le vagabondage sexuel en milieu universitaire comme les héros de David Lodge – l’humour anglais en moins -, s’enfonce dans la solitude et la morbidité à mesure qu’il vieillit. Affectivement atrophié au point de ne même plus parler à ses parents, sans descendance, séduisant, chaque rentrée, de nouvelles étudiantes éternellement jeunes, il ne se conjugue qu’à l’irréel du présent. Ses rapports avec les femmes trahissent la déchéance de sa grammaire anthropologique. Il ne sait plus très bien par quel orifice prendre ses partenaires, ni s’il faut plus jouir d’avoir deux partenaires sexuelles ou du baiser sur la joue donné par l’une d’elles : confusions d’objet, de genre, de nombre. Alors qu’il a renoncé, par égoïsme et paresse, à toute relation interpersonnelle avec les femmes, étant progressivement passé de l’amante à la partenaire sexuelle puis à la prostituée, à la suite de ses collègues récemment convertis, il se laisse finalement séduire par le modèle de la femme musulmane, choisie sur catalogue en fonction de ses propres revenus, cloîtrée, soumise, multiple et collectionnable. Chez Michel Houellebecq, l’islam triomphe sans combat grâce à la trahison de l’homme qui se replie sur lui-même en renonçant à la femme comme alter ego.

Pourtant, depuis l’amour courtois inventé au XIIe siècle jusqu’à la mini-jupe en passant par les salons littéraires féminins des XVIIe et XVIIIe siècles et le droit de vote des femmes, l’Europe peut s’enorgueillir d’avoir favorisé l’apprivoisement réciproque entre le sexe fort et le sexe faible, qui s’est traduit par la construction progressive d’un mode de coexistence mixte harmonieuse et égalitaire, bien que différentiée, des deux sexes sur tous les plans, modèle fragile (cf. les mirages de la “libération de la femme”) mais toujours en évolution. Mais si la femme était, jusqu’à peu de temps encore, l’avenir de l’homme, l’homme pourrait bien en être le liquidateur sous peu. La balle du match islam-Occident est dans le camp des 51 % d’hommes. Qui va faire prendre conscience aux hommes occidentaux déboussolés que la charia est, par essence, la régression psychologique ultime de l’homme dans sa négation de la femme comme être libre, égal à lui, et digne de son intérêt ? Pas nos politiques ni l’Éducation nationale, plus préoccupés par la promotion du transsexualisme que par la transmission des fondements de la civilisation européenne.

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