On a beaucoup parlé de ces dernières semaines.

D’abord parce qu’il a publié un livre, Une simple lettre d’amour, qui a été critiqué et commenté à la hauteur du talent singulier et parfois énervant de son auteur.

Ensuite parce qu’il remplacera Aymeric Caron dans l’émission de Laurent Ruquier “On n’est pas couché” (ONPC).

a exposé sans fard, dans Technikart, quelle serait sa conception des choses, dans cet exercice nouveau pour lui, et sa manière de questionner les invités en sa qualité de chroniqueur.

Je ne peux que le féliciter de désirer mettre en œuvre une démarche inverse à celle de Nicolas Bedos. Il ne parlera donc “ni de ses goûts ni de lui”.

Ensuite, il me semble que s’aventure dangereusement en se présentant comme quelqu’un qui va “faire mal” et qu’il faudra craindre.

“… Je lirai les bouquins des essayistes et des politiques avec une acuité démentielle et je ne les lâcherai pas…Je vais me défouler sur les essais… Y en a qui vont morfler… Et m’assouplir sur les créateurs même s’ils ne sont pas bons… Certains vont passer quelques mauvais moments en ma compagnie…”

J’avoue avoir été gêné par ce discours de la méthode, cette profession d’extrémisme intellectuel.

N’est-il pas présomptueux de soutenir d’emblée que par sa seule présence et son questionnement on va révolutionner une émission qui oscille entre la frénésie promotionnelle d’un Ruquier pour le pire et, pour le meilleur, la nostalgie inguérissable du couple irremplaçable et complémentaire qu’Éric Zemmour et Eric Naulleau constituaient et la profondeur regrettée de Natacha Polony ?

Une telle assurance avant même l’action mérite d’être saluée pour sa témérité mais fait craindre que l’événement ne soit pas à la hauteur de la promesse.

Quel besoin par ailleurs, même dans Technikart – on se dit que ce qui y est écrit ne peut pas être simple et commun ! -, de faire état de ce que sera sa pratique d’intervieweur et des principes qui l’inspireront ? N’y a-t-il pas là, dans cette proclamation anticipée et inutile, déjà la menace et, pire, la certitude d’un préjugé ?

Il n’y avait aucune nécessité, pour Yann Moix, de tout nous dire sur lui et de nous faire entrer dans les coulisses de son esprit quand, au contraire, nous aurions rêvé de la et de l’imprévisibilité, en temps réel, d’une personnalité qui nous avait souvent donné l’impression que nous avions le droit d’attendre beaucoup d’elle, plaisante ou non.

Plus gravement, quelle étrange distinction entre les essayistes et les créateurs ! De surcroît, ces derniers bénéficieraient d’une sorte d’immunité de principe, n’importe quel plumitif, pour peu que lui-même, la promotion et Yann Moix l’aient qualifié tel, étant assuré d’une bienveillance choquante puisqu’elle résisterait à tout, et d’abord à la médiocrité de l’œuvre !

Évidemment, cette distinction ne serait pas si aisée à opérer entre les brillants essayistes, créateurs stimulants à leur manière, et les créateurs affichés chez qui souvent le coup d’essai devrait le demeurer !

Je souhaite à Yann Moix infiniment de lucidité, sans douter de sa bonne foi, pour tenir une balance équitable entre ces genres dont aucun ne devrait être loué par obligation et l’autre dénigré par système.

Extrait de : Yann Moix commence mal !

14 juin 2015

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