Après la Manif pour tous, l’électorat français de confession musulmane semble avoir rompu avec son traditionnel tropisme électoral de gauche, lequel tenait souvent au clientélisme régnant dans les cités, avec embauches de fonctionnaires municipaux et distribution de subventions à des associations dont l’utilité n’était pas toujours avérée. Bref, l’instrumentalisation de ces fameux « grands frères ». Vous validez ce constat ?

D’un point de vue factuel, ce constat est validé par les résultats des municipales de 2014 qui, en Seine-Saint-Denis notamment, a été une véritable bérézina pour l’ensemble de la gauche. Nombre de mairies constituant historiquement la ceinture rouge sont passées à droite. Mais, au-delà du moment électoral, ce fut l’occasion pour de Français de branche d’exprimer des convictions politiques en s’engageant chez Les Républicains, au Parti chrétien-démocrate et, plus rarement, au Front national. Si le déclenchement de cet engagement fut la réaction aux délires « progressistes » du gouvernement, il n’en reste pas moins que cela a révélé une réalité de fond : nombre de ces Français ont saisi la contradiction entre l’ordre traditionnel transmis par des parents immigrés dans les années 60 et 70, des parents illettrés mais pleins de bon sens, des parents non intoxiqués par la morale officielle de Mai 68 et l’idéologie libérale-libertaire.

En 2014, du sursaut conservateur opposé à la loi Taubira, mais aussi, rappelons-le, à l’introduction de la théorie du genre, il était, dans les familles musulmanes en général, plus honteux de voter socialiste que Le Pen après le « point de détail ». De 2012 à 2014, nous connûmes une parenthèse enchantée, celle où catholiques, juifs et musulmans militaient à l’unisson pour sauvegarder la cellule familiale traditionnelle, pour protéger l’enfant, pour affirmer l’altérité entre homme et femme. Il est, d’ailleurs, assez surréaliste que les Français eurent à défiler pour cela, pour des principes aussi naturels dans un pays aussi appelé fille aînée de l’Église. En 2014 la parenthèse se referme par l’émergence du cancer de Daech.

D’Emmanuel à Benoît Hamon, voire Jean-Luc Mélenchon, cette même gauche semble tenter désormais, à quelques semaines de l’élection présidentielle, de renouer avec cet électorat. Cela vous paraît-il jouable ou le divorce serait-il véritablement consommé ?

Votre question est complexe car elle implique plusieurs champs de force. Le premier, nous venons de l’évoquer, une très majoritaire répulsion des Français musulmans envers les partis politiques engagés frontalement pour le mariage (et l’adoption) homosexuel, Théorie du genre, etc.

Le deuxième champ de force est inverse, une répulsion majoritaire du même public pour la droite les assimilant ou utilisant la confusion (notamment depuis Daech), islam, , terrorisme ; soit une confusion électoralement payante car réconfortant l’angoisse identitaire des Français. Un réconfort qui ne coûte rien, sinon quelques paroles affirmant que la France est chrétienne, sans l’abrogation de la loi Taubira, sans discours critique sur l’avortement qui fait 200.000 morts par an, sans le rétablissement des frontières nationales…

Le troisième champ de force est l’attraction nouvelle qu’ont su produire les candidats de gauche en flattant cette niche électorale. Palestine, voile, colonisation devenue « crime contre l’humanité », l’ensemble de l’arsenal est mobilisé pour capter un électorat devenu hétérogène, certes, mais malgré tout très marqué par la mise à l’index depuis les attentats terroristes. À ce titre, l’état de belligérance est fortement “territorialisant”.

Une fois encore, après la première polémique du voile, au lycée de Creil, en 1990, les gestes consentis à ces électeurs musulmans relèvent principalement du seul domaine vestimentaire, soit couvrir la tête des femmes et laisser pousser la barbe des hommes, sans oublier l’édification de mosquées, dont l’architecture n’a rien à voir avec la tradition française. Renvoyer les Français de confession musulmane à ce qui les distingue visuellement des autres Français, n’est-ce pas une manière sournoise de les cantonner dans une sorte de ghetto ?

C’est une tradition, depuis SOS Racisme, que de materner les Français issus de l’immigration pour en faire une réserve électorale. Mais peut-on reprocher aux politiques de faire de la politique ? Ce qui est plus problématique, c’est que la droite délaisse ce terrain qui, si elle était réellement conservatrice, lui serait naturellement dédié. Les clivages de droite et de gauche n’existent plus, c’est une banalité de le dire, sauf sur quelques sujets, et notamment celui-là, où les mêmes logiques se répètent depuis plus de trente ans.

Chez ces mêmes électeurs, deux traditions s’affrontent. Celle du vote à gauche pour des raisons sociales – longtemps, ils ont été « prolétaires », et pour celles, clientélistes, plus haut évoquées. Mais également celle, patriarcale et « archaïque », au sens noble du terme, s’entend, qui tendrait plutôt à les classer à droite. Cette contradiction est-elle pour eux insurmontable ?

Oui, je le regrette, elle semble insurmontable pour le moment, du fait de l’extrême tension qui empêche tout regard rationnel. Un mauvais diagnostic entraîne un mauvais remède qui peut s’avérer plus nocif encore pour le corps national ; seul un regard rationnel peut entraîner des logiques efficientes. Mais la délinquance, le radicalisme religieux, l’immigration continue constituent un imbroglio totalement incompréhensible pour nos compatriotes, qui plus est lorsque ce dernier est exploité par des faiseurs d’opinion et par une islamologie de comptoir posant de bonnes questions sans en détenir les réponses. La souffrance identitaire n’est pas assez entendue et, surtout, est peu comprise.

Pour ma part je pense que le catholicisme est consubstantiel à l’identité française, que l’humanisme, en déplaçant Dieu du centre pour y mettre l’Homme, présente la première grande étape du bouleversement identitaire. La deuxième grande étape de ce bouleversement est d’avoir déplacé l’Homme du centre pour y mettre l’argent. Ces deux grandes étapes sont les causes dont tout le reste n’est que conséquence. Ainsi, on se pose comme des litanies la question de la séparation du politique et du religieux, jadis pour les catholiques, aujourd’hui pour les musulmans, sans jamais s’interroger sur la séparation du politique et de l’économique, le premier étant subordonné au second. Cette subordination impliquant, à titre d’exemple, les vagues migratoires depuis les années 70 sédentarisées sous Giscard par le regroupement familial (qui fait que j’écris ces lignes) jusqu’à la légalisation prochaine de la PMA par Emmanuel Macron. Tout cela serait bien long à détailler mais, en résumé, comment prétendre défendre la France en lui retirant sa face aux multinationales, à l’ de Bruxelles ? Deux éléments majeurs de la destruction organisée, méthodique, de la tradition, des spiritualités, des frontières, de l’identité nationale… Oui, malheureusement, cela me semble insurmontable tant l’Arabe cache la forêt.

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

29 mars 2017

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