Sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire ?

« Sortir de l’Europe, c’est sortir de l’Histoire », nous menace sans rire François Hollande dans une récente tribune du journal Le Monde. Ah ! il ne nous épargnera rien, celui-là, le petit bonhomme dans son costume de président beaucoup trop grand pour lui. Il se hasarde, mal inspiré, mal conseillé sûrement, il tente de petites phrases beaucoup trop grandes pour lui. Il n’a pas pensé, sans doute accaparé par le maintien de sa cravate, qu’une phrase creuse, en regard d’un avantage négligeable, offre une occasion inespérée au contradicteur comme à l’esprit mal intentionné d’y mettre tout ce qu’il veut. À ce sujet, les maigres deniers publics ne pourraient-ils faire l’économie de la grasse rémunération du puissant rhétoricien qui a soufflé ce morceau d’anthologie de la vacuité à son patron ?

Car, enfin, Monsieur le communicant, c’est la grande pensée qui fait les grands mots, et non les grands mots qui font la grande pensée. C’est le B.A. BA du métier, cela, non ?… Mais peut-être n’en êtes-vous pas encore là ? Il est vrai que vous avez par ailleurs tant à faire avec la réalité, cette inconnue farouche et rebelle qui vous attendait derrière la porte du pouvoir et qui se dresse depuis sur votre chemin. C’est qu’elle n’est pas commode, la rombière, pas malléable pour un rond… et puis cette manie qu’elle a de rendre aux socialistes qui nous gouvernent depuis quarante ans, aux idéologues en général, le mépris qu’ils lui portent !

Fichue réalité, oui, qui par exemple enseigne avec obstination à toute personne de bon sens que le lapin pris au collet doit reculer s’il veut s’en sortir, et non s’acharner comme il le fait bêtement dans une fatale fuite en avant. Cette dure réalité qui enseigne au boxeur, qui subit un orage de coups qu’il ne peut dominer, à reculer autant que possible, à esquiver en resserrant sa garde, à se replier sur lui-même pour se protéger, reprendre autant que possible son souffle, rassembler autant que possible les forces qui lui restent, se mettre autant que possible à l’abri avant – qui sait ? – de repartir à l’attaque au premier rayon de soleil.

À moins que… mais oui, bien sûr ! À moins que considérant, avec raison cette fois, que l’Histoire est faite de bouleversements, de cahots, de chaos, vous fassiez référence, toi et ton patron, au vigoureux déclin que subit notre pauvre vieux pays depuis qu’il s’enfonce, grâce à vos efforts soutenus, qu’il se dilue dans ce que, par sombre calcul sans doute, vous vous acharnez à appeler « Europe », et que pour ma part je persiste à appeler par son nom : Union européenne ? C’est-à-dire un machin, comme aurait dit l’autre, un vulgaire machin… un machin infernal.

Car alors, nous serions pour le coup entièrement d’accord et je glisserais aussitôt mes excuses les plus plates sous la porte de l’Élysée : ce déclin est effectivement historique. Il faut en sortir. L’état de totale sujétion de notre pays à l’Oncle NSA, par exemple, est effectivement historique ; il faut en sortir. L’état d’abandon de la France dans la dilapidation de son patrimoine industriel est historique ; il faut en sortir. Son état de sidération face à la funeste menace pesant sur sa culture, ses traditions et surtout la paix civile, représentée par une immigration non assimilée est historique. Oui, vous avez mille fois raison : il faut en sortir. Il était temps que vous vous réveilliez. Je vous félicite de bon cœur pour ce sursaut, Monsieur le Président, moi le persifleur amer qui jusqu’à présent considérait qu’on reconnaît les politiciens français en ceci qu’ils attendent qu’il soit trop tard pour continuer à ne rien faire.

« J’ai passé à côté du monde, et j’ai pris l’histoire pour la vie », notait Michelet en préface à l’édition de 1869 de son Histoire de France.

Vous prenez l’avenir pour l’Histoire, Monsieur le Président, et l’avenir n’est pas un itinéraire qu’on suit, c’est une voie qu’on ouvre. Ouvrez-la, et gageons que l’Histoire vous suivra.

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