Les chrétiens irakiens sont tributaires du soutien des chrétiens occidentaux

Entretien réalisé par Charlotte d’Ornellas.

Charles de Meyer est président de SOS Chrétiens d’Orient, association qui a choisi d’apporter un soutien financier mais également humain aux chrétiens d’Orient en allant les voir sur place. Il revient du Kurdistan irakien où il était parti, avec quelques autres bénévoles, rencontrer cette communauté si durement éprouvée.

Vous revenez tout juste d’Irak. Comment vont les réfugiés de Mossoul ?

Nous avons rencontré des situations différentes.

Si les chrétiens ont un accès facilité au Kurdistan, leur situation est précaire : certains s’entassent dans des églises ou des monastères quand d’autres parviennent, avec grande difficulté, à louer des chambres. Mais le changement est brutal, le sentiment d’avoir tout perdu très prégnant et le pire demeure le grand trouble identitaire de familles chrétiennes qui ne trouvent plus de sens à leur présence en Irak…

Les réfugiés musulmans de Mossoul (chiites, shabaks mais également des familles sunnites effrayées par la barbarie de l’EIIL) ont des conditions d’accès bien plus difficiles à cette région autonome qu’est le Kurdistan. Certains vivent dans un camp de réfugiés, sous des tentes alors qu’il fait cinquante degrés à l’ombre ! Les familles sont déchirées, l’argent manque, et leur avenir est terne…


Vous vous êtes rendus sur place pour les aider. Qu’avez-vous pu accomplir ?

Nous avions trois objectifs : témoigner, transmettre et assumer un acte de charité.

Témoigner du soutien des chrétiens français en allant concrètement à la rencontre des déplacés. Transmettre l’information en France par la collecte assidue des témoignages et le récit de la situation dramatique dans laquelle sont ces chrétiens irakiens.

Soutenir enfin plusieurs projets : distribution de 225 plaques de cuisson dans le camp de Khafr, distribution de jouets et de nourriture au monastère orthodoxe de Mar Matti, à l’église syriaque orthodoxe d’Oum Nour ou encore à Bartellah.
Enfin, nous avons lancé la construction d’un puits profond à Qaraqosh, à quelques encablures de la zone tenue par l’EIIL. Ce projet, d’un coût total de 18.500 euros, comprend la prospection, le forage, l’achat des deux grosses pompes et des six cuves de 30.000 litres, mais également le raccordement du puits au système central. Quand les douze puits de Qaraqosh seront terminés, la ville et les villages alentour devraient être autosuffisants en eau potable, et celle-ci arrivera directement dans les maisons.


Vous avez rencontré les chrétiens chassés par les djihadistes de EIIL. Que racontent-ils ?

Ils racontent la volonté de razzia des djihadistes sur les biens des chrétiens. Les pick-up qui défilaient dans les rues étaient remplis d’hommes qui leur laissaient seulement le « choix » entre la conversion ou le départ et l’abandon de l’ensemble de leurs biens.

Des témoignages sur les vols de voitures aux barrages, les fillettes forcées de donner jusqu’à leurs boucles d’oreilles ou les vols d’alliances sont vraiment difficiles à entendre…

Ils racontent le malheur de perdre ce qui avait constitué toute leur vie et sont absolument sûrs d’une chose : si certains sont restés malgré tout à Mossoul, les persécutions et la violence ne tarderont pas.

Ont-ils encore la force de rester dans la région ?

Cela dépend des familles, mais beaucoup n’ont qu’un mot à la bouche : émigration. À ce propos, l’annonce de l’octroi du statut de réfugié en France était une erreur morale et politique : elle ne fait que contribuer à accroître sur place le sentiment d’abandon par la communauté internationale et notamment par la France, encore regardée comme protectrice historique et aujourd’hui potentielle des communautés chrétiennes en Orient.

Beaucoup souffrent de troubles identitaires dus à de nombreuses vagues de migration interne : génocide arménien et assyro-chaldéen, invasion américaine en 2003, puis l’EIIL aujourd’hui.

Ils ont urgemment besoin d’un soutien tant matériel que spirituel sur place pour conserver l’espoir et rester attachés à cette terre des premiers chrétiens…

Que disent les autres communautés ?

Les Kurdes ont annoncé par la voix de leur président, Massoud Barzani, leur solidarité totale avec les chrétiens. Ils facilitent leur arrivée au Kurdistan et protègent les villes chrétiennes de Qaraqosh, Bartellah et Kerlemnès des attaques des djihadistes. Lors de la manifestation des chrétiens irakiens devant l’ambassade de l’ONU pour demander une intervention internationale, de nombreux dignitaires musulmans, sunnites et chiites, étaient présents en tête de cortège. Nombreux sont d’ailleurs les réfugiés de Mossoul témoignant de l’aide et de la solidarité de leurs voisins et amis musulmans lorsqu’ils étaient menacés par l’EIIL.

Mais ne nous y trompons pas : les chrétiens devront décider de leur sort dans la région par eux-mêmes, un sort qui est indéniablement tributaire du soutien des chrétiens occidentaux sur place.

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